Comment écrire de bons dialogues ?

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Voilà un moment que je n’ai pas parlé d’écriture sur le blog, mais le sujet me passionne toujours autant. Je me penche aujourd’hui sur les dialogues, car c’est un aspect que je vais retravailler sur mon propre texte dans les jours qui viennent.

J’ai synthétisé mes réflexions sur le sujet, ainsi que quelques conseils glanés ça et là, pour y voir plus clair avant mes corrections. Je publie ce compte-rendu ici car je sais que certains d’entre vous écrivent ou souhaitent s’y mettre. Qui sait, cela pourra peut-être vous servir 🙂

Comprendre les objectifs du dialogue

Un dialogue peut avoir plusieurs fonctions :

– Donner de nouvelles informations au lecteur
Animer, dynamiser le récit
Caractériser un personnage
– Mettre en relief les tensions ou la nature des relations entre les personnages
– Faire rire, détendre le lecteur avec des répliques humoristiques

Épurer son dialogue

Un dialogue de roman n’est pas l’exact reflet de la réalité. Nos échanges verbaux sont remplis de conventions sociales (« Bonjour, ça va ? » « Oui, et toi ? ») et autres petites phrases du quotidien (« Un café s’il vous plaît ». « Je vous amène ça tout de suite » « Merci »). Dans un roman, il faut les éviter sous peine de saturer son texte de banalités inutiles. Mieux vaut se concentrer sur des répliques incisives, qui ont un intérêt dans le texte, que ce soit donner une information au lecteur, l’amuser, etc.

Apporter des informations grâce au dialogue, oui. Mais l’on ne peut pas faire dire n’importe quoi à ses personnages sous prétexte d’expliquer le contexte au lecteur. Si votre héros Jean dit à sa femme Sophie : « Zoé, notre fille de 12 ans qui part en colonie cet été, voudrait un nouveau sac à dos », ce n’est pas crédible. On se doute que Sophie connaît l’âge de sa fille et le programme de ses vacances. Pourquoi Jean donnerait-il ces précisions ? Il faut toujours se mettre dans la peau du personnage qui parle, et de ses interlocuteurs, pour prendre en compte ce qu’ils savent et ressentent.

Ce qui nous amène au point suivant.

Créer un dialogue incarné

C’est là que les choses deviennent moins évidentes. Un dialogue qui sonne juste, ce sont des personnages qui possèdent une voix propre, une manière unique de parler. Dans l’idéal, on devrait pouvoir reconnaître qui parle sans avoir à ajouter « dit Jean » ou « répondit Sophie ». Chaque personnage a son vécu, sa culture, ses origines et sa personnalité. Comme dans la vraie vie, il est donc naturel que chacun possède sa propre manière de parler.

Comment faire ? On peut jouer sur le niveau de langue, la prononciation des mots, les tics de langage, ou les expressions et arguments qui traduisent la personnalité du personnage. Le risque, c’est d’en faire trop et de caricaturer ou d’agacer le lecteur. Comme toujours, le dosage est de mise …

Le must : Les phrases cultes dont Georges R. R. Martin a le secret, et qui deviennent la marque de fabrique d’un personnage. Qui n’a jamais entendu parler du « Winter is coming » de Ned Stark ou du « You know nothing, Jon Snow » d’Ygrid ?

Caractériser grâce au dialogue

Puisqu’on en parle, « Winter is coming » traduit le côté soucieux de Ned, et sa forte appartenance à la maison Stark, dont c’est la devise. Quant à « You know nothing, Jon Snow », il nous montre qu’Ygrid est un personnage libre, impertinent et à qui la vie « à la dure » a donné une certaine expérience.

En effet, la manière de parler d’un personnage dépend en partie de son caractère. Les dialogues peuvent donc être un bon moyen de nous faire percevoir et ressentir le tempérament d’un personnage … C’est un outil de caractérisation intéressant.

Je vous laisse visionner cette courte vidéo d’Yves Lavandier sur le même thème (sous-titrée en français). Il y est question de scénario, mais le concept s’applique tout aussi bien au roman.

Manier subtilement les incises

Les incises nous indiquent quel personnage parle (« J’ai faim, dit-il »). Comme expliqué plus haut, dans l’idéal, on ne devrait pas avoir besoin d’en mettre si le personnage a sa propre manière de parler. En pratique, c’est assez difficile de s’en passer totalement. Mieux vaut d’ailleurs baliser un long dialogue avec quelques incises plutôt que de perdre son lecteur en route …

Notons que :

– La sobriété est à privilégier. « dit-il » est un bon choix quand cela devient nécessaire de préciser qui parle, tout comme « demanda t-elle » et « répondit-il ». Au final ce ne sont pas des répétitions qui choquent, car l’œil, habitué, glisse dessus sans y prêter attention.

– On peut toutefois varier avec d’autres termes comme « insinua t-elle » ou « expliqua t-il ». L’intérêt, en plus d’éviter les répétitions, est d’induire une émotion ou une nuance sans utiliser de tournure à rallonge : « hurla t-il » est préférable à « dit-il en criant ». Ces incises moins habituelles sont à utiliser avec parcimonie (encore une fois, tout est question de dosage). J’ai par exemple trouvé la lecture de Divergente un peu lourde avec ses « remarqué-je », « rétorqué-je », etc. (mais c’est peut-être aussi la première personne + le présent qui m’ont laissé cette impression désagréable …).

Ne pas négliger le reste

Généralement, un dialogue n’est pas une conversation figée dans l’espace et le temps. Pour ceux qui parlent et le monde autour, la vie continue.

On peut ainsi intégrer la narration au dialogue pour le rendre plus vivant (« dit-il en sautant sur une pierre », « demanda t-elle en le regardant droit dans les yeux »). Ou entrecouper le dialogue de scènes descriptives (« Elle se tut un instant, le regard rivé vers la porte, avant de reprendre son récit »). Mieux vaut aussi rappeler discrètement la présence des personnages qui ne parlent pas mais assistent à la scène, sous peine de les oublier (« En l’entendant évoquer les lasagnes, Séléné toussota, mal à l’aise »).

Exprimer des sentiments et caractériser les personnages grâce aux dialogues, c’est bien. Mais n’oublions pas que la communication est surtout non verbale. Votre personnage est en colère ? Le message sera plus fort si vous racontez qu’il serre les poings, hausse le ton et fronce les sourcils, que si vous lui faites simplement dire « Je suis très énervé ». D’autant plus que la plupart des gens ne disent pas ce qu’ils pensent ou ressentent … La communication non verbale est souvent plus fiable.

Notons aussi que le silence, ou l’absence de réponse à une question peut dire beaucoup plus sur un personnage qu’une simple réplique. Parfois, la parole est d’argent, mais le silence est d’or 😉

D’autres articles : Apporter du relief à ses descriptions de lieux / Insuffler de la vie à un personnage

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À bientôt !

10 commentaires

  1. Amalia_Okia le

    Merci pour cet article super intéressant ! 🙂

    • Charlotte le

      😉

  2. Aline - Boutique de créateurs le

    Ecrivant moi aussi des romans, j’adore lire tes articles astuces d’écriture! J’aimerais bien en lire plus souvent. ^^
    En tout cas, celui-ci m’aide bien, je n’ai pas pensé à toutes ces choses en écrivant mes histoires… donc merci!

    • Charlotte le

      Contente si l’article a pu t’aider !

  3. Ortisse le

    Aaaah les « remarqué-je » de Divergente!!! A la fin de chaque tome en lisant qu’elle n’assistait pas à ses cours d’anglais pour écrire son roman, je pestais en me disant qu’elle aurait dû y aller malgré tout car son style n’en aurait pas souffert!
    Bon je suis mesquine… mais Divergente m’a énervé car il y avait matière à faire un bon roman mais je l’ai trouvé baclé.
    Merci pour ton article, à chaque fois ça me donne envie de me lancer dans l’écriture!

    • Charlotte le

      Je partage ton opinion sur Divergente 😉 et pour l’écriture j’espère qu’un jour tu te lanceras ^^

  4. Louise le

    Merci pour ce billet très intéressant. Même si je n’écris pas de romans, j’adore l’écriture et c’est très intéressant. Hâte de lire un de tes ouvrages 😉
    Des bises ♥

    • Charlotte le

      Merci pour ton commentaire Louise !

  5. annette le

    Merci pour cet article ! En fait, je me rends compte que ça me passionne, savoir comment les uns et les autres font pour écrire. 😉
    La vidéo est très intéressante. Par contre… je suis en train de découvrir « Le trône de fer » en livre audio (oui, seulement maintenant, d’ailleurs c’est un peu à cause de toi que je l’ai commencé) et… sur la photo, c’est Jon Snow ? je ne vais pas m’en remettre, je ne l’imaginais pas du tout comme ça ! 😛

    • Charlotte le

      Ahah oui c’est bien Jon Snow ! Mais bon sur cette photo il grimace, il a une bonne tête en vrai 😉