La petite cuisine du roman

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Aujourd’hui on va parler d’écriture, et plus particulièrement de cette étape mystérieuse qui se situe entre le premier et le dernier jet d’un roman. Parfois appelée phase de « correction » ou de « relecture », c’est un passage indispensable. Voici ma méthode façon recette de cuisine.

Laissez reposer

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Ça y est, vous avez réussi : votre premier jet est sur le plan de travail. Vous avez mélangé les ingrédients (intrigue, univers et personnages) de manière plus ou moins homogène. Bravo ! Mais ne vous reposez pas sur vos lauriers. Vous avez encore du pain sur la planche. Un premier jet, ça ne ressemble à rien : c’est mou, informe et grossier comme de la pâte à gâteau (crue). Il va falloir travailler tout ça pour en faire quelque chose de digeste.

Avant tout, laissez reposer. Vous êtes trop imprégné de votre histoire pour la regarder d’un œil critique. Passez à autre chose et essayez d’oublier momentanément ce qui mijote dans votre tiroir. Vous serez plus objectif d’ici quelques semaines.

Retravaillez la pâte

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Vous sentez que le moment est venu de vous mettre aux fourneaux ? Retroussez vos manches : ça ne va pas être de la tarte. Dans un premier temps, relisez votre texte et faites la guerre aux grumeaux. Vous les voyez, tous ces passages mous ou inutiles qui parasitent votre roman ? C’est d’eux dont je parle. Soyez honnête avec vous-même. Taillez dans le gras. Coupez, tranchez, hachez sans relâche. Même traitement pour vos paragraphes favoris. Pas de pitié pour les croissants !

A l’opposé, d’autres passages auront besoin d’être délayés. Je pense à ceux que vous avez survolés, et qui méritent d’être approfondis pour que votre récit gagne en profondeur. Versez un peu de lait. Mélangez jusqu’à ce que la consistance de votre roman ne soit ni trop sèche, ni trop fluide.

Ajoutez des épices

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Maintenant que vous avez bien malaxé, vous avez le droit de goûter votre pâte. La consistance n’est pas mal du tout ! Par contre, c’est un peu fade, non ? C’est le moment de sortir votre boite à épices. Il s’agit de retravailler votre roman sous différents angles (caractériser les personnages, approfondir l’univers, affiner les dialogues, etc) pour lui donner de la saveur.

Comment procéder ? Ne versez pas toutes les épices en même temps, vous feriez capoter votre recette. Ajoutez-les une par une. Par exemple : sortez la fiche de votre personnage principal, et corrigez tout votre roman en renforçant sa caractérisation (la manière singulière qu’il a de se tenir, de parler et de se comporter). Si vous avez bien travaillé, vous avez déjà conçu votre personnage selon ces critères. Mais c’est toujours utile d’accentuer le trait pendant les corrections. Soyez subtil et mélangez bien pour éviter les grumeaux. N’oubliez pas que le lecteur doit se régaler, mais sans deviner quels ingrédients se cachent derrière votre texte.

Incorporez des pépites

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On ne pense pas forcément à en mettre, pourtant elles font le sel de l’histoire. Les pépites sont des rappels discrets disséminés ça et là dans le récit. Pourquoi planquer des pépites ? Pour que votre lecteur n’oublie pas tel ou tel objet, tel ou tel personnage, qui prendra de l’importance lors du dénouement. Dans certains romans (policiers, à suspens, etc) les pépites sont indispensables pour que la sauce prenne, et que le coup de théâtre final ne retombe pas comme un soufflé.

Attention : les pépites doivent être finement hachées pour ne pas rester en travers de la gorge.

Faites goûter à un ami

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Vous voilà plutôt satisfait de votre oeuvre. C’est bon, on a fini ? Non. Ne goûtez pas la peau de l’ours avant de l’avoir tannée. On va passer au stade le plus délicat de la recette : la faire goûter à un ami. Choisissez bien votre hôte. Il n’est pas là pour vous passer du beurre dans le dos. Sélectionnez une personne qui ne mâche pas ses mots et peut vous faire des remarques constructives (on évite quand même le sadique de service qui prend plaisir à saquer tout le monde). Si votre relecteur est friand du genre littéraire auquel appartient votre roman, c’est encore mieux.

Votre ami s’installe tranquillement à table, avec le regard aiguisé d’un critique gastronomique. Vous l’observez, l’œil aux aguets, les mains pleines de farine, prêt à vous faire hacher menu. Un conseil : rangez le rouleau à pâtisserie, c’est mieux pour tout le monde. Et puis, surtout, mettez de l’eau dans votre vin. Après avoir dîné en tête à tête avec votre texte pendant des mois, vous avez perdu toute objectivité. Un regard extérieur vous permettra d’y apporter des améliorations insoupçonnées.

N’oubliez pas non plus que c’est vous qui portez la toque. Il faut écouter attentivement toutes les remarques, mais pas forcément les appliquer. Vous seul savez ce qui risque ou pas de dénaturer le goût de votre chef-d’oeuvre (cela dit, si vous avez bien choisi votre relecteur, la plupart de ses conseils sont à prendre en compte). Et hop, on retravaille la pâte, et on met au four !

Effectuez le glaçage

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On arrive à la fin : la décoration du gâteau. Il faut le rendre joli pour donner envie de le manger. C’est à dire passer votre texte au tamis pour traquer tout ce qui entrave la fluidité de la lecture. Les fautes d’orthographe et de grammaire, bien sûr. Mais aussi toutes ces choses désagréables qui craquent comme du sable sous la dent : les répétitions, les maladresses et les longueurs, entre autres.

Internet est votre ami (enfin, surtout ses tables de conjugaison et ses dictionnaires de synonymes). Mais pas seulement. C’est aussi le moment de mettre à contribution votre copine à l’orthographe irréprochable, ou votre tatie prof de français. Amadouez-les avec des SchokoBons, s’il le faut. Ces bonnes fées pointeront du doigt vos faiblesses, de celles dont vous vous doutiez à celles dont vous ne soupçonniez pas l’existence.

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7 commentaires

  1. Anna Lyra le

    Très bon résumé, avec des métaphores culinaires… Que demander de plus ? ^^ C’est bien vrai qu’il faut laisser reposer la pâte, mais c’est aussi une étape très difficile émotionnellement parlant : c’est là que les questionnements surgissent.

    • Charlotte le

      Merci ! Oui c’est vrai que c’est une période de doute, notamment parce qu’ avant de faire lire son histoire à un premier relecteur, il n’y a aucun moyen de savoir objectivement si elle tient la route ^^.

  2. Ô hasard des mots le

    Merci pour cet article qui donne le sourire et aborde les étapes essentielles pour améliorer notre écrit avant de le livrer. Cet écrit sur lequel on a beaucoup travaillé et qui est un peu notre trésor… 🙂

    • Charlotte le

      C’est sûr qu’on finit par lier des liens très forts avec son texte 🙂 !

  3. elenaxsalvatore le

    Merci de m’avoir laissé le lien de ton blog sur le mien ^^ D’ailleurs, il est épuré et très joli, et j’aime beaucoup cet article ! Jolies métaphores et très belle écriture 🙂
    Sara

    • Charlotte le

      Merci beaucoup, à bientôt ^^.

  4. Laeti le

    Jolies métaphores! J’aimerais vraiment me lancer dans l’écriture, mais je pense que je n’en ai pas le talent…. ^_^