Écriture

Show don’t tell : le secret pour rendre un roman vivant

29/06/2020

Show, don’t tell … Vous avez sans doute déjà entendu cette expression.

Mais savez-vous qu’il s’agit d’un principe fondamental pour écrire un bon roman, indispensable pour le rendre prenant et émouvant ?

La technique du Show don’t tell équivaut à regarder un bon film. S’en passer revient à lire le résumé du même film sur un programme télé. Ce n’est clairement pas la même chose … Ce que je veux dire par là, c’est que Show don’t tell fait partie de ces secrets qui transforment des mots plats en récits vivants, capables de transporter vos lecteurs.

Si vous écrivez sans rien connaitre de ce principe narratif, il y a de fortes chances pour que vous l’utilisiez sans le savoir. Mais bien le cerner vous permettra de jouer avec ses subtilités pour améliorer vos textes et les rendre captivants !

Nous allons donc explorer ce principe essentiel à connaître quand on écrit un roman 😊

 

Que signifie Show don’t tell ?

Textuellement : Montrez, ne dites pas.

Des exemples ?

Au lieu de dire : « Marielle est impatiente », montrez-le en écrivant une scène où elle ne cesse de regarder l’heure et de jeter des regards agacés au serveur qui n’a toujours pas amené sa commande.

Ne dites pas : « l’histoire se situe en 1969 à Woodstock », montrez plutôt un personnage vêtu d’un pantalon patte d’eph qui assiste à un concert de Jimi Hendrix, sur une pelouse, au milieu d’une foule dense et enfumée.

Au lieu de préciser : « Théo et Emma sont amoureux », écrivez un passage où ils se jettent des coups d’œil à la dérobée et ont les joues qui s’empourprent dès qu’ils s’adressent la parole.

Vous voyez l’idée !

Show don’t tell, c’est remplacer des mots plats, juste informatifs, par d’autres qui créeront une image mentale et apporteront de la vie et de la texture. C’est donner les choses à ressentir au lecteur plutôt que de les énoncer froidement.

Le concept du Show don’t tell nous vient du dramaturge russe Anton Tchekhov (encore lui !) qui a déclaré : « Ne me dis pas que la lune brille, montre-moi sa lueur sur du verre brisé »  🌛

À lire aussi : La technique narrative du fusil de Tchekhov

 

 

Quel est l’impact du Show don’t tell sur le lecteur ?

Créer une scène vivante

Quand on écrit un roman, se contenter d’énoncer les choses est abstrait. Cela endort le lecteur et le maintient à distance.

A contrario, en montrant une scène, on rend le texte vivant, on lui donne du corps et de la réalité. Le récit propulse le lecteur dans le passage comme s’il se déroulait sous ses yeux.

Voilà pourquoi montrer est bien plus crédible et immersif que se contenter de dire !

Provoquer des émotions

C’est en montrant les émotions vécues par un personnage que le lecteur s’y attache.

Ressentiriez-vous plus d’empathie si je vous disais : « Sylvain se sent seul depuis son divorce » ou si j’écrivais une scène le montrant traîner des pieds pour rentrer le soir dans son appartement vide, allumer la télé pour ne pas entendre le silence et éviter de regarder les valises de son ex-femme, qui attendent dans un coin du salon ?

Sans oublier qu’en montrant simplement les choses, on pousse le lecteur à interpréter ce qu’il voit. Et pour cela, il doit puiser dans ses propres référents, qui sont intimement liés à son vécu et à ses souvenirs. Il ressentira ainsi plus d’empathie à l’égard de vos personnages.

Faire appel au raisonnement du lecteur

Utiliser le principe du Show don’t tell, c’est faire appel à l’intelligence du lecteur. Notamment à sa capacité de déduction.

En lui montrant quelque chose sans lui donner plus d’indications, on le pousse à tirer ses propres conclusions à partir de ce qui est sous ses yeux, ce qui est plus gratifiant et intéressant pour lui 😊

Montrer au lieu de dire, c’est aussi l’occasion de jouer sur la manière dont le lecteur va interpréter la scène. En percevant certains signes, il peut comprendre des choses que le héros ignore, parce que celui-ci est trop jeune, borné, naïf, ou encore parce qu’il n’a pas toutes les cartes en main.

Un exemple concret :

Au début de Harry Potter et Le prisonnier d’Azkaban, on assiste à une discussion entre Harry et le ministre Cornelius Fudge dans un pub. Alors que Harry lui demande s’il a pu localiser Sirius Black, le ministre, qui est en train de s’habiller pour sortir de la taverne, fait un drôle de geste : « Les doigts de Fudge glissèrent soudain sur les boutons d’argent de sa cape ».

J.K. Rowling ne nous dit pas textuellement que Fudge est préoccupé au sujet de Black, mais elle choisit de nous montrer un petit détail, dans sa gestuelle, qui traduit son anxiété. Harry, lui, ne semble pas y prendre garde … Mais le lecteur commence à trouver ça louche, et à se questionner sur un lien éventuel entre Harry et l’évasion de Black.

La tension dramatique monte, la curiosité du lecteur est titillée … tout ça grâce à un simple geste sur lequel l’auteure a mis les projecteurs, sans donner plus de précisions.

À lire aussi : Les conseils d’écriture de J.K. Rowling

 

Show don’t tell : quelques exemples

Dans un roman, tout peut être montré plutôt que dit, en particulier :

Le caractère d’un personnage

Quels que soient les traits de caractère d’un personnage, mieux vaut les montrer par ses actes, ses réactions, sa gestuelle ou même ses pensées, plutôt que simplement les dire. Idem pour ses émotions à un instant T.

Stephen King en parle à propos de son livre Misery :

« Je me suis efforcé de ne jamais dire « Annie paraissait déprimée ce jour-là ». Si, en revanche, je suis capable de vous montrer une femme silencieuse, aux cheveux sales, qui se bourre compulsivement de gâteaux et de bonbons, c’est vous qui en tirerez la conclusion qu’Annie est dans un moment dépressif du cycle maniaco-dépressif, et j’ai gagné. »

✍️ Faites découler les actions de vos personnages de ses traits de caractère. Cela vous permettra à la fois de créer un personnage cohérent et d’utiliser le Show don’t tell dans votre roman !

La relation entre deux personnages

Quoi de mieux, pour faire évoluer la relation entre des personnages, que de le montrer grâce à leur comportement ?

Cela ne veut pas dire que leurs actions doivent être limpides et évidentes !

Dans Orgueil et Préjugés, la relation entre Elizabeth Bennet et Mr Darcy est d’autant plus captivante qu’elle est jalonnée d’actes contradictoires, que le lecteur doit interpréter pour voir se dessiner l’histoire d’amour. En lisant le roman de Jane Austen, on ne cesse de se questionner sur ce que signifient réellement les dialogues piquants qu’échangent les héros, ou la manie qu’ils ont de s’envoyer des vacheries, mais de chercher toujours plus la présence l’un de l’autre …

Montrer, oui, mais jouer avec ce que l’on montre, c’est encore mieux 😊

✍️ Quand vous écrivez un roman, travaillez la subtilité des détails que vous montrez comme les gestes, les regards et les non-dits, pour insuffler de l’émotion et un sentiment d’attente chez votre lecteur.

La description d’un lieu

Utiliser le Show don’t tell dans une description de lieu, c’est projeter le lecteur dans une autre réalité pour qu’il s’imprègne de son ambiance. Montrer un endroit suscite des impressions et des émotions, tandis que dire ne fait que donner des informations abstraites.

Stephen King, qui est décidément un grand adepte du Show don’t tell, nous conseille de ne jamais dire qu’une maison est lugubre, mais plutôt de montrer des détails qui renvoient à la même idée. Comme dans ce passage extrait de La voix des ombres de Frances Hardinge :

« Au-delà d’une assemblée maléfique d’ifs sombres aux troncs tordus, se dressait une immense bâtisse, à la façade grise et sans grâce. Deux tours s’élevaient au-dessus de sa façade comme des cornes difformes. C’était Grizehayes. »

✍️ Quand vous écrivez une description de lieu, n’en dites pas trop pour laisser de la place à l’imagination du lecteur. Concentrez-vous sur quelques détails marquants et bien choisis ! Dans l’extrait ci-dessus, Frances Hardinge n’a pas écrit une tartine sur la description du manoir. Elle a sélectionné deux ou trois caractéristiques frappantes, comme la ressemblance des tours avec des cornes, qui confère une aura diabolique à la bâtisse.

À lire aussi : Les conseils d’écriture de Stephen King

 

Comment montrer au lieu de dire ?

Voici quelques conseils d’écriture pour mettre en application le Show don’t tell dans vos romans ! 

✒️ Montrez des scènes en temps réel, comme si le lecteur était projeté dans le récit et avait accès à des tranches de vie du personnage. Décrivez ces passages de manière (apparemment) neutre, comme si vous les voyiez de l’extérieur. Ce sont les détails que vous choisirez de mettre en lumière (le bouton de la cape de Fudge ou les tours du manoir) qui orienteront l’interprétation du lecteur dans le sens voulu.

✒️ Le Show don’t tell peut aussi s’exprimer en exposant les pensées du héros, grâce à la focalisation interne ou à des phrases en italique. Montrer ce qui se passe dans la tête d’un personnage est une bonne manière d’exprimer son tempérament et ses émotions, sans pour autant les nommer.

✒️ Enfin, ne vous privez pas des dialogues ! Les propos des personnages sont révélateurs de leur personnalité. Pour approfondir ce thème, jetez un œil à cette courte vidéo d’Yves Lavandier (sous-titrée en français).

 

Trouver l’équilibre entre Show et Tell

Vous comprenez maintenant pourquoi Show don’t tell est un conseil si plébiscité par les écrivains 😊.

Cela dit, comme pour tout, mieux vaut rester modéré et faire fonctionner son sens critique pour savoir ce qu’il faut appliquer ou pas dans l’écriture de son roman.

Car, si montrer est indispensable, on ne peut en revanche pas tout montrer. La plupart des romans doivent prendre des raccourcis et passer plus rapidement sur certaines périodes et événements vécus par les personnages, en les évoquant brièvement. Sinon, le récit risquerait d’être ennuyeux ou absolument interminable …

Alterner entre des scènes « show » et des scènes « tell » est aussi la meilleure manière de mettre en valeur les passages que l’on choisit de montrer. Cela créé une hiérarchisation entre ce qui est important et ce qui l’est moins dans l’histoire.

Terminons sur une citation de l’auteur Orson Scott Card :

« Show doit être utilisé pour les scènes dramatiques, mais parfois, ce qui se passe entre ces scènes doit juste être dit pour que l’histoire avance. Show est si long qu’il doit être utilisé pour les scènes importantes. Il faut trouver le juste équilibre. »

À lire aussi : Utiliser les figures de style pour imager son roman

FICHE CADEAU

J’ai conçu pour vous une fiche PDF présentant le principe du Show don’t tell et trois autres procédés narratifs pour rendre votre intrigue captivante 🙂

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  • Kerjul fait de la prose le 29/06/2020 à 23 h 46 min

    Merci pour cet article détaillé, avec plein d’exemples ! Je suis d’accord avec ce conseil, mais aussi avec le fait qu’il ne faut pas pour autant tout « montrer » !

    • Charlotte le 30/06/2020 à 9 h 25 min

      Merci pour ton message 😘 ! C’est vrai que la difficulté réside parfois dans le choix de ce qu’on montre ou pas …

  • MORETTO le 30/06/2020 à 21 h 42 min

    excellent. rien d’autre à dire

    • Charlotte le 30/06/2020 à 21 h 44 min

      Merci beaucoup !

  • Juliettadecaspulet le 13/07/2020 à 9 h 13 min

    Merci beaucoup pour cet article ! J’ai beaucoup appris sur le « Show, don’t tell » et les manières de l’appliquer. Je trouve que c’est un point vraiment fondamental, presque la base du roman du point de vue technique, et il est ici très bien détaillé !

    • Charlotte le 13/07/2020 à 10 h 46 min

      Merci pour ton message 😊. Oui je suis d’accord, le Show don’t tell est vraiment un principe de base pour écrire un bon roman !

  • Filiberte le 12/11/2020 à 15 h 46 min

    Merci pour ces conseils. Le show don’t tell donne à voir les scènes au lecteur comme s’il était au cinéma …

    • Charlotte le 12/11/2020 à 15 h 52 min

      Merci pour ton message ! Oui c’est tout à fait ça 😊