Écriture

Utiliser les figures de style pour imager son roman

27/01/2020

Vous voulez améliorer votre plume ?

Imager vos textes est une jolie manière de personnaliser votre style, de le rendre vivant. Les images insufflent de la poésie à un roman. Elles instaurent une ambiance et une tonalité particulière. Bien utilisées, elles suscitent de l’émotion chez le lecteur.

Personnellement, j’adore lire des romans dont la plume est imagée ! Certains auteurs, comme Mathias Malzieu ou Christelle Dabos, ont une manière bien à eux d’imager leurs romans, qui fait leur patte et la singularité de ce qu’ils écrivent.

Nous allons donc réfléchir à ce que sont les images et à la bonne manière de les utiliser dans nos romans, notamment grâce aux figures de style (sans blabla barbant, promis) 🙂

L’effet captivant des images

« Il doit rester quelques rêves d’enfant cachés sous mon oreiller, je tenterais de ne pas les écraser avec ma tête lourde de soucis d’adulte » (La mécanique du Cœur, Mathias Malzieu)

Lorsque Mathias Malzieu nous parle de rêves cachés sous l’oreiller, une image prend forme dans notre esprit. Bien plus que s’il avait simplement écrit « j’ai des rêves d’enfant, je tenterais de ne pas les oublier une fois adulte »

Ce qui est abstrait a un côté froid qui a tendance à tenir les émotions à distance. À l’opposé, ce qui est concret nous touche en plein cœur. Ici, grâce à l’image, l’abstraction des mots s’efface et laisse place à une visualisation concrète qui donne corps au récit, pour le rendre palpable et donc touchant.

Sans oublier qu’une image a le double avantage d’attirer notre attention et de s’installer dans notre mémoire : on retient plus facilement ce qui est visuel !

Un outil à manier subtilement

Les images donnent de la force aux mots, mais elles sont à manipuler avec des pincettes. Mal gérées, elles sont la porte ouverte à la maladresse et à la lourdeur … Voici quelques conseils pour ne garder que le meilleur de ce procédé.

Utiliser les images avec parcimonie

Un beau collier se remarque plus quand on le porte seul qu’accompagné d’une dizaine d’autres bijoux, n’est-ce pas ? Pensez-y quand vous écrivez. Une image bien choisie a du poids : si vous en mettez trop, vous leur ferez perdre de la force, en plus d’alourdir votre style.

Fuir les clichés

« Belle comme le jour, elle avait des yeux bleus azur et des cheveux blonds comme les blés »

Je vous rassure : cette citation n’existe pas 😅. Je viens juste de l’improviser pour vous montrer à quel point les images peuvent être fades, quand elles sont passées dans l’usage commun. La répétition d’une image dans une même culture en atténue l’impact. Leur but est de frapper l’imagination, alors, pour qu’elles restent marquantes, évitez les clichés. Créez des images originales et personnelles !

Le style au service du sens

Voici sans doute le point le plus important à retenir : l’image doit se faire l’écho du contexte, le mettre en valeur … et ne pas arriver comme un cheveu sur la soupe.

Évitez donc la tentation de la jolie image qui ne colle pas à l’ambiance du récit. Elle doit correspondre à la réalité de votre scène, en fonction de l’effet que vous souhaitez avoir sur le lecteur. Ainsi, si vous écrivez une description nocturne pour un thriller, vous comparerez la lune à la lame d’une faux plutôt qu’à un croissant au beurre 😉

Comment s’y prendre pour imager une scène avec justesse ?

Avant tout, prenez le temps de vous immerger dans votre passage pour en capter l’émotion principale. Une fois que vous avez bien cerné bien celle-ci, cherchez l’image, la plus visuelle possible, qui pourrait évoquer la même émotion tout en frappant l’imaginaire. Dans l’idéal, l’image doit aussi traduire la personnalité du narrateur et le style général de votre roman.

Jetez un œil à ce passage du roman ado assez sombre Nous Les Menteurs (E. Lockhart). La narratrice utilise une image très forte pour exprimer le choc et la violence du rejet qu’elle a ressenti quand son père a quitté le domicile familial.

« Il a posé sa dernière valise sur la banquette arrière de sa Mercedes et il a mis le contact. Puis il a sorti un revolver et m’a visée en pleine poitrine. Debout sur la pelouse, je me suis écroulée. Le trou formé par la balle s’est élargi et mon cœur a roulé hors de ma cage thoracique pour atterrir dans un parterre de fleurs (…). La honte vive et écarlate du rejet imprégnait la pelouse, les dalles de l’allée, les marches du porche. Mon cœur convulsait au milieu des pivoines comme une truite hors de l’eau. »

Les figures de style imagées 🎨

Il existe énormément de figures de style. Aujourd’hui on va se concentrer sur celles que je trouve les plus aptes à imager sa plume.

La comparaison

On compare deux éléments grâce à un mot de liaison (comme, tel que, …)

« Dans une existence solitaire, il existe des moments rares où une autre âme plonge tout près de la vôtre, comme les étoiles qui s’approchent de la terre une fois par an.» (Circé de Madeline Miller)

→ Cette comparaison est d’autant plus appropriée qu’elle s’accorde au ton poétique et mélancolique du roman, ainsi qu’à l’un de ses thèmes principaux : la solitude dans l’immortalité.


Illustration : Qinni

La métaphore

Il s’agit du même procédé que la comparaison, mais sans mot de liaison.

« Le bonheur est cette danse où l’on s’approche et l’on s’écarte sans se perdre. Il est même fait des larmes des longues séparations à condition que viennent les retrouvailles. » (Le Livre de Perle de Timothée de Fombelle)

→ Par l’image de la danse, la métaphore rend l’idée du bonheur concrète et dynamique. Elle évoque quelque chose de très visuel tout en apportant un éclairage poétique aux choses de la vie.

La personnification

On prête des caractéristiques humaines à animal ou à un objet.

« Agathe trépignait d’impatience. Elle s’assit sur le comptoir, ses bottines blanches batifolant sous les pantalons de dentelle. » (Les Fiancés de l’Hiver de Christelle Dabos).

→ En prêtant un comportement humain aux bottines, le texte accentue la posture impatiente d’Agathe, ainsi que sa tendance frivole et ses origines animistes. Ici, personnifier un accessoire renforce la caractérisation du personnage qui le porte tout en rendant le texte très expressif.

La synesthésie

On mélange la perception de différents sens au sein d’une même expression.

« Roberta compta jusqu’à dix. À dix et demi un rayon orangé se posa sur son visage. Elle se laissa envahir par la chaleur, la dégustant comme un coulis de mandarine tiède. » (Le Quadrille des Assassins d’Hervé Jubert).

→ L’alliance du toucher (la sensation du soleil sur sa peau) et du goût (le coulis de mandarine tiède) donne une saveur particulière au récit. Elle rend le bien-être du personnage palpable !

La périphrase

On énonce en plusieurs mots ce qui pourrait être dit en un seul.

« Ce que la Fée du suspense s’apprête à raconter, elle l’a déjà raconté. Dix, vingt fois, roman après roman, mais toujours d’une autre manière, fuyante, travestie, maquillée par la fiction » (L’aube sera grandiose d’Anne Laure Bondoux).

→ La Fée du suspense est le surnom que la presse donne à l’héroïne, Titania, qui est écrivain. Utiliser cette périphrase pour la nommer prend ici tout son sens, puisque la phrase évoque sa tendance à camoufler la vérité dans ses romans.

Voilà pour cette petite sélection de figures de style !

Les images sont donc idéales pour retenir l’attention, apporter de la poésie à un texte et instaurer une ambiance particulière. À condition d’éviter les clichés, de les choisir selon le contexte et surtout de ne pas trop en faire … car, comme le dit l’adage, une image vaut mille mots 😉

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  • Etoile livresque le 27/01/2020 à 10 h 47 min

    J’adore tes articles écriture, ça m’inspire grandement ! 🙂

    • Charlotte le 27/01/2020 à 11 h 10 min

      Merci beaucoup <3

  • Estelle le 27/01/2020 à 18 h 50 min

    « Imager avec justesse » : tout est dit… Cet article ouvre les yeux sur ce qu’il est possible de faire ressentir à son lecteur grâce à quelques magnifiques images bien amenées. le style imagé est poétique et efficace. un beau travail à mener pour y parvenir. MERCI pour cet article

    • Charlotte le 28/01/2020 à 9 h 28 min

      Merci pour ce message Estelle 🙂