Écriture

Pourquoi Gollum est-il un excellent antagoniste ?

17/08/2026

J’ai revu récemment ma chère trilogie du Seigneur des Anneaux, et j’ai à nouveau tremblé avec les personnages, ouvert des yeux émerveillés devant la Terre du Milieu… et admiré la construction de Gollum, qui fait partie de mes antagonistes préférés !

Pour moi, si Gollum est un super antagoniste, c’est grâce à un ressort narratif qui apporte beaucoup d’intensité à l’histoire : le lien qu’il entretient avec le héros Frodon.

Les meilleures intrigues établissent une relation spéciale entre le héros et le « méchant ». Quelque chose d’unique doit les lier pour qu’une forme d’attraction/répulsion opère, et que le récit soit puissant.

On pourrait appeler cette connexion entre Frodon et Gollum un miroir métaphorique. Pourquoi est-ce que je parle de miroir ? Car Gollum représente ce que Frodon pourrait devenir sous l’influence de l’Anneau.

Les points communs entre eux sautent aux yeux : tous deux sont des hobbits qui ont porté l’Anneau, ils connaissent son attraction et son pouvoir corrupteur. Ils partagent une lutte intérieure : Frodon est tiraillé entre son devoir et le désir croissant de garder l’Anneau, Gollum est déchiré entre sa part encore capable d’attachement (Sméagol) et sa part dominée par l’obsession (Gollum).

Ce miroir atteint son paroxysme lors du climax, lorsque Frodon échoue finalement à renoncer à l’Anneau et décide de le garder. À cet instant, il est plus proche de Gollum que jamais. D’ailleurs, ce qui rend finalement l’issue heureuse n’est pas une supériorité morale de Frodon, mais le fait que sa miséricorde passée envers Gollum contribue à la destruction de l’Anneau…

Sur le plan symbolique, Gollum est l’ombre de Frodon : son double déformé, son avertissement vivant, et la preuve que le bien et le mal ne sont pas des catégories séparées mais des possibilités qui coexistent dans un même être.

Pour ceux qui sont moins passionnés de fantasy que moi, voici d’autres exemples littéraires de ce fameux miroir métaphorique entre protagoniste et antagoniste :

Jean Valjean et Javert (Les Misérables, Victor Hugo)

Javert et Valjean sont tous deux animés par une quête de justice et une grande force de caractère. Cependant, Valjean évolue vers une justice fondée sur la compassion, tandis que Javert reste prisonnier d’une vision rigide de la loi. Javert incarne ce que Valjean aurait pu devenir s’il avait refusé la rédemption et la complexité morale.

Sherlock Holmes et le professeur Moriarty (Conan Doyle)

Moriarty possède une intelligence stratégique comparable à celle de Holmes. Là où Holmes met son génie au service de la vérité, Moriarty l’emploie pour l’art du crime. Il est le reflet inversé du détective.

Dr Jekyll et Mr Hyde (L’Étrange Cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde, Stevenson)

Ici, le miroir est littéral. Hyde est l’incarnation déformée des pulsions que Jekyll cherche à refouler. L’antagoniste est une partie du héros lui-même, séparée et amplifiée jusqu’à devenir monstrueuse.

Edmond Dantès et Fernand Mondego (Le Comte de Monte-Cristo, Dumas)

Fernand partage avec Dantès l’ambition et le désir de réussite, mais il choisit la trahison pour obtenir ce qu’il convoite. Il représente une voie fondée sur l’envie et la corruption, tandis que Dantès doit apprendre à dépasser la vengeance.

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