Écriture

Fantasy et science-fiction : construisez votre univers à partir d’une contradiction

26/10/2026

Il y a quelque chose qui m’a interpellée, quand j’ai relu Le faiseur de rêves : la contradiction au cœur de son univers (attention je vais spoiler l’histoire) : les séraphins, des dieux de légende vénérés par la population, descendent du ciel pour régner sur une ville… mais se révèlent être d’horribles créatures sanguinaires. On est bien loin de l’image bienfaisante et lumineuse qu’on aurait pu s’en faire. Et c’est à partir de ce paradoxe qu’a été construite toute l’intrigue.

Cette réflexion m’a donné envie de vous écrire un article sur le thème de la contradiction car je crois qu’il est essentiel en fantasy et en science-fiction 🙂

Quand on se lance dans la création d’un univers de fiction, le réflexe le plus courant consiste à empiler les informations. On dessine une carte, on rédige une histoire millénaire, on invente un système de magie cohérent, on répartit les royaumes et leurs alliances politiques… c’est bien mais ça ne suffit pas.

Et si le « truc en plus » ne résidait pas la quantité de détails mais dans une tension bien choisie ? Et si, au lieu de partir d’une liste, on partait d’un paradoxe qui n’aurait pas dû exister ?

Les sociétés qui nous entourent ne sont pas cohérentes non plus. Elles sont pleines de contradictions, de valeurs affichées et jamais tenues. C’est précisément cela qui les rend vivantes et complexes. Un univers fictif fonctionne exactement de la même manière !

1. Trouvez le paradoxe fondateur de votre univers

Tout commence par une question : quelle est la chose qui ne devrait pas exister dans ce monde, et qui pourtant existe bel et bien ?

Ce paradoxe fondateur, c’est un peu la graine de tout votre univers. Quelques exemples :

  • une cité où tout le monde dit la vérité mais où personne ne se fait confiance
  • un royaume immortel obsédé par la mort
  • une civilisation qui vénère la nature tout en vivant enfermée dans une mégapole de métal
  • un monde où la magie est gratuite, mais où l’utiliser est une honte sociale

Remarquez que chacun de ces exemples tient en une seule phrase. Pas besoin de plans et de cartes pour les formuler. Et pourtant ils donnent envie d’en savoir plus. Pourquoi cette méfiance malgré la vérité ? Comment vit-on quand on ne meurt jamais, mais qu’on y pense sans cesse ?

Prenez le temps de tester plusieurs idées, de voir laquelle vous donne envie d’écrire une scène. C’est souvent le meilleur indicateur que vous avez trouvé la bonne tension.

2. Déclinez cette contradiction dans tous les aspects du monde

Une fois le paradoxe trouvé, le vrai travail commence : le faire infuser partout. C’est ce qui transforme une simple idée en un univers cohérent…

Prenons l’exemple de la cité où l’on dit toujours la vérité, mais où personne ne se fait confiance. Comment cette contradiction se répercute-t-elle ?

  • En politique : peut-être que les lois interdisent le mensonge, mais que les habitants ont développé des façons détournées de dire vrai tout en trompant, par des sous-entendus ou des vérités partielles.
  • En religion : peut-être qu’un culte s’est construit autour du silence, considéré comme la seule vraie protection contre une vérité trop dangereuse à dire.
  • En économie : les contrats sont peut-être hyper détaillés, biffés de clauses, car un mot mal choisi engage pour la vie.
  • En architecture : les maisons ont peut-être des pièces sans fenêtres, des passages secrets, comme si l’espace lui-même cherchait à compenser cette transparence imposée par la parole.
  • Dans le langage courant : certaines expressions toutes faites pourraient avoir émergé pour dire vrai sans vraiment répondre, un art de la formule qui esquive sans mentir.

Vous voyez le principe : chaque secteur de votre univers devient une occasion de rejouer la même tension sous un angle différent. Le lecteur ressent cette cohérence profonde, cette « petite musique » propre à votre monde.

3. Faites naître des conflits et des intrigues

C’est peut-être le plus bel avantage qu’offre cette approche : une fois le paradoxe installé, les histoires n’ont plus besoin d’être inventées de toutes pièces car elles émergent d’elles-mêmes.

Une civilisation vénère la nature depuis sa mégapole de métal ? J’imagine des jardins suspendus entretenus comme des reliques ou des tensions entre ceux qui veulent revenir à la terre et ceux qui trouvent ça naïf, voire dangereux pour l’équilibre économique de la cité.

Un monde où la magie est gratuite mais honteuse ? Voilà des personnages qui la pratiquent en cachette, des familles qui renient un enfant trop doué, etc.

Vous n’avez plus à chercher artificiellement des péripéties vu qu’elles naissent de la tension elle-même. Chaque personnage peut incarner un rapport différent au paradoxe (celui qui l’accepte, celui qui le combat, celui qui en profite, celui qui le nie), et ça suffit à générer des dizaines de conflits crédibles, ancrés dans la logique même de votre monde…

Concluons cet article avec quelques exemples qui vous rapellerons sans doute des fictions célèbres. Pensez aux sociétés hyper-technologiques qui ont perdu jusqu’au souvenir du sens de leurs propres machines, aux intelligences artificielles conçues pour protéger l’humanité mais qui en viennent à la juger dangereuse pour elle-même, des utopies si parfaitement organisées qu’elles finissent par écraser toute liberté individuelle, ou même des sociétés extrêmement pieuses qui ferment les yeux sur une corruption généralisée.

Après tout, les univers qui marquent le plus sont ceux qui nous mettent mal à l’aise et nous font réfléchir sur notre monde…

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