Écriture

Les secrets d’écriture d’Amélie Nothomb

11/05/2020

Amélie Nothomb fait partie de ces auteurs qui marquent les esprits !

Personnage singulier et écrivaine prolifique, elle publie un livre par an (et en écrit davantage) depuis une trentaine d’années. Son univers étrange, son style fluide et percutant sont la signature de ses romans, qui font partie des plus grands succès littéraires francophones contemporains.

Si j’aime lire les romans d’Amélie Nothomb, je prends tout autant de plaisir à écouter ses interviews. Elle y parle d’écriture avec humour et intelligence, d’autant plus que le regard qu’elle porte sur son métier est à son image : hors des sentiers battus.

Dans cet article, j’ai compilé pour vous les meilleurs secrets d’écriture d’Amélie Nothomb 😊

L’écriture selon Amélie Nothomb

Écrire par nécessité

À l’instar de Stephen King, Amélie Nothomb a commencé à écrire très jeune, et elle l’a fait pour l’écriture en elle-même avant même d’envisager la publication de ses livres. Depuis, elle écrit chaque jour sans exception. L’auteure belge confie ne pas pouvoir vivre sans cette activité quotidienne … d’où son incroyable fécondité littéraire.

« Oui, c’est vrai, j’écris trois romans par an et je les conserve tous. Je n’écris pas pour être publiée, j’écris chaque jour parce que pour moi, c’est la plus haute nécessité, c’est indispensable à ma journée. J’écris sans savoir pourquoi. Ce que je sais, c’est que c’est un désastre si je n’écris pas chaque jour. Écrire tous les jours est absolument vital. »

Se nourrir de ses lectures

À la question : « Quel lien y a-t-il entre lire et écrire ? » l’écrivaine répond : « C’est la même chose. L’étymologie de lire, c’est cueillir. Lire est un geste actif. On ne prend pas tous la même chose dans ce qu’on lit (…) Quand j’écris, je fais état de toutes mes cueillettes. Je ne serais jamais devenue écrivain si je n’étais pas lectrice. »

Amélie Nothomb ajoute : « rien n’a été plus capital dans ma vie que certaines lectures » et nous recommande notamment Lettres à un jeune poète de Rilke. On y trouve l’idée que ce n’est pas la qualité du texte qui justifie l’acte d’écrire, mais la nécessité pour l’auteur de créer. C’est ce propos, développé dans Lettres à un jeune poète, qui a poussé l’adolescente qu’était Amélie Nothomb à devenir écrivain.

Rouvrir ses plaies

Frappe-toi le cœur, titre de l’un des derniers livres d’Amélie Nothomb, reprend les mots d’un poème d’Alfred Musset : « Frappe-toi le cœur, c’est là qu’est le génie ».

Si l’écrivaine cite ce vers dans son titre, c’est parce qu’il correspond à sa philosophie qui consiste à chercher dans ses blessures l’essence du texte à écrire.

« Il faut aller exactement là où ça fait mal. On pense qu’on va aller là où c’est inguérissable, alors que c’est paradoxalement ce qui nous sauve. »

Amélie Nothomb précise que l’écriture consiste tantôt à retenir « l’hémorragie », tantôt à gratter pour aller chercher la matière : « Certains matins je laisse couler, certains matins je racle. Quand je laisse couler il s’agit de retenir, quand je racle c’est qu’il n’y a pas grand-chose qui vient (…) mais racler, c’est très intéressant aussi. »

Trouver ses sonorités

Dans certains interviews, Amélie Nothomb évoque son amour pour la musique et pour des artistes tels que Schubert, Björk ou Radiohead. Cette passion a forgé en elle une vision musicale de l’écriture, une recherche de « sonorités » dans sa manière d’agencer les mots.

« Si j’avais pu choisir mon talent, j’aurais choisi la musique : la musique va tellement plus loin que la littérature (…) J’essaie de reconstituer mon son avec les moyens du langage. Quand je tombe enceinte d’un livre, je sais moins l’histoire que le son que je veux me donner. Je sais exactement la sensation forte que je veux atteindre avec les moments où je tombe dans le vide, les moments où je suis rattrapée à la dernière seconde. »

Le style littéraire d’Amélie Nothomb

Forger son écriture

C’est en forgeant qu’on devient forgeron : tel pourrait être le premier conseil d’écriture d’Amélie Nothomb !

En effet, lorsqu’on lui demande d’où vient la fluidité de son écriture, l’écrivaine belge répond : « Elle vient d’une très grande pratique. Rien ne permet de faire l’économie du travail et du temps. (…) On ne cesse de me demander des recettes, le seul conseil que je puisse donner, c’est de régler une difficulté d’écriture en écrivant. Ce n’est que dans l’action que l’on résout ses problèmes. »

Éliminer le superflu

Le cheval de bataille d’Amélie Nothomb, c’est d’épurer au maximum ses romans, de supprimer les fioritures pour ne garder que l’essence du texte. « Raffiner son écriture, c’est découvrir tout ce qui est superflu, mais aussi tout ce qui est essentiel. Et ce qui est essentiel, il faut lui donner une force extraordinaire. »

L’écrivaine cisèle chacune de ses phrases pour obtenir un récit minimaliste : « Ça suppose un travail de sculpteur intense. J’obtiens ce résultat en ne dormant pas la nuit. Chaque nuit, j’infuse ce que je vais écrire le lendemain. La précision du langage s’obtient en enlevant tout ce qui est superflu. Mon d’idéal à moi c’est d’obtenir un langage d’une densité folle, un langage auquel on ne pourrait rien retrancher. Je doute d’y être déjà parvenue. »

Privilégier le verbe à la métaphore

Cette chasse au superflu pousse Amélie Nothomb à mettre l’accent sur le verbe. « Quel est l’essentiel de la phrase ? C’est évidemment le verbe. Tout est dans le verbe. Le reste est presque extérieur à l’action. »

En revanche, l’écrivaine conseille aux auteurs en herbe de résister à la tentation de la métaphore, une figure de style couramment utilisée qu’elle juge trop « séduisante et facile ».

« Il faut arriver à la métaphore quand on a épuisé les possibilités lexicales, syntaxiques et toutes les autres. » « Le danger des métaphores, c’est qu’elles sont toujours approximatives. Elles sont à garder pour les cas d’extrême urgence. »

Nommer avec justesse

Pannonique, Zoïle, Hirondelle … Les prénoms qu’Amélie Nothomb attribue à ses personnages détonent dans le paysage littéraire. Lorsqu’on la questionne à ce sujet, l’auteure explique qu’elle ne cherche pas forcément l’originalité, mais qu’elle choisit un prénom de manière à ce que son sens colle parfaitement au personnage.

« Peu m’importe que le mot soit rare, ce qu’il faut c’est qu’il soit parfait. Si le personnage doit s’appeler Marie, il s’appellera Marie. C’est énorme de s’appeler Marie. Mais à côté de ça, si le personnage doit s’appeler Plectrude ou Prétextat, je m’octroie la liberté d’attribuer ce prénom à mon personnage. Tous les prénoms, et tous les noms sont extraordinairement signifiants. Pourquoi se priver de ce vecteur de signification ? »

À lire aussi : Choisir le nom de ses personnages

Le processus d’écriture d’Amélie Nothomb

Tomber enceinte de ses livres

L’auteure belge aime comparer la genèse de ses romans à la grossesse.

« Je dis toujours que je tombe enceinte de mes livres parce que ça dit bien le peu de choix que j’ai par rapport à un processus. Quand je tombe enceinte, c’est toujours fulgurant. Mes grossesses ont le talent de s’installer quand je n’ai pas fini d’accoucher du livre précédent. »

À propos de la manière dont ses idées de romans lui viennent, Amélie Nothomb ajoute :

« Il n’existe pas de grossesse qui ne soit née de quelque chose d’extérieur. » « La petite graine, c’est toujours moins que rien : un mot entendu dans le bus, une pensée sans importance … Le déclencheur est toujours une petite chose. Et, forcément, ces toutes petites choses, je ne peux pas les préméditer ni les identifier. Je sais simplement que quand elles me rencontrent, il se passe quelque chose qui, à mon échelle, est très fort. »

Vivre en dictature

Le rituel d’écriture d’Amélie Nothomb est aussi singulier que systématique : elle se met au travail tous les jours entre 4h et 8h du matin, avec un stylo Bic bleu cristal et un demi-litre de thé noir.

« Je vis en dictature. Quelles que soient les conditions, c’est indiscutable. Je vis une telle tyrannie que je dois écrire de 4h à 8h du matin, point barre. » « Les ¾ du temps je n’ai aucune idée de ce que je vais écrire, ça me parait beaucoup trop difficile pour moi. Mais ce qui paradoxalement me facilite la vie, c’est que je ne me laisse aucun choix (…) Il m’arrive d’être très malade et d’écrire quand même. »

Se lever tôt pour voir l’invisible

Si Amélie Nothomb avoue que se lever si tôt ne lui est ni facile ni naturel, elle confie que cela lui permet d’accéder à un état de conscience favorable à l’écriture.

« C’est à cette heure-là que je vais pouvoir me mettre à la disposition d’une énergie qui m’est supérieure (…) et d’un état de conscience particulier, qui me donne cette grande énergie dans le flux de laquelle je peux écrire. C’est comme si dans cet état de disponibilité là, qui est vraiment une disponibilité anormale, le monde m’apparaissait enfin, que les choses devenaient enfin visibles et que je pouvais les nommer et les entendre. »

Écrire comme on descend en soi-même

Un rituel matinal qui permet à Amélie Nothomb de se découvrir elle-même et de percevoir le monde différemment, à la manière d’une séance de méditation :

« J’ai l’impression de m’enfoncer sous terre et aussi dans mon corps. Et les perceptions que j’ai là sont plus fortes. Cette impression de descendre en soi pour percevoir les choses et bien ça marche ! Le restant du temps je n’ai pas des perceptions très particulières. Mais à ce moment-là, j’ai l’impression de voir enfin ce qu’il faut voir et d’entendre enfin ce qu’il faut entendre et je peux écrire à partir de cela. »

Les citations de cet article sont issues de plusieurs interviews d’Amélie Nothomb par L’Express, Yoga Journal, La Nouvelle République, Télérama et la Masterclasse France Culture que vous pouvez retrouver dans son intégralité ici :

À lire aussi : Les conseils d’écriture de Stephen King

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  • Elena le 29/07/2020 à 18 h 45 min

    C’était super intéressant, merci 🙂

    • Charlotte le 20/08/2020 à 11 h 47 min

      De rien 😉