Depuis que j’ai vu Le voyage de Chihiro à sa sortie au cinéma, il y a plus de vingt ans, je suis fan des films de Miyazaki. Et je sais que je ne suis pas la seule. Son imagination foisonnante, son esthétique poétique, ses personnages nuancés (souvent féminins), sa profondeur émotionnelle et symbolique… Autant de caractéristiques qui plaisent autant aux adultes qu’aux enfants.
Maintenant que ma fille a l’âge de voir ses films, c’est un plaisir de les regarder avec elle. D’ailleurs, nous avons récemment visionné Le château dans le ciel, qui m’a donné envie d’écrire un article sur ce sujet…
Alors, quelles leçons d’écriture jeunesse peut-on tirer des films de Miyazaki ? Si vous écrivez ou envisagez d’écrire un récit pour enfants/adolescents, cet article est pour vous !
Créer des personnages profondément humains
J’ai toujours aimé les héroïnes de Miyazaki pour leur apparente banalité. Pour la plupart, elles ne possèdent pas de force ni de pouvoirs exceptionnels, par contre elles évoluent grâce à des qualités humaines qui sont d’autant plus louables.
Au début du Voyage de Chihiro, l’héroïne a tout d’une enfant ordinaire. Pourtant, dans les bains de Yubaba, elle prouve sa valeur grâce à son courage et sa capacité à travailler dur. Sophie, du Château Ambulant, a la discrétion et l’humilité d’une petite souris (à laquelle elle est d’ailleurs comparée). Mais, au fil de l’histoire, sa ténacité et son empathie vont lui faire soulever des montagnes.
Les héros masculins ne sont pas en reste : Miyazaki ne les présente pas comme des personnages conquérants et infaillibles, bien au contraire. Dans Princesse Mononoké, Ashitaka est un garçon attentionné qui refuse la haine et protège la vie. Dans Le château ambulant, Hauru est vaniteux et immature, pourtant c’est aussi un personnage talentueux et sensible qui évolue dans le bon sens.
Bref, on est bien loin des héros stéréotypés. Miyazaki parvient à capturer l’humanité de ses personnages, et à mon sens c’est pour ça qu’ils sont si réussis.
✍️ Cette approche est particulièrement intéressante dans un roman jeunesse car elle permet au jeune lecteur de s’identifier à des personnages plus vrais et plus proches de son ressenti et de ses expériences.
Utiliser la nature comme moteur narratif
L’autre chose que j’aime, chez Miyazaki, c’est la place qu’il accorde à la nature. Elle est omniprésente dans la plupart de ses films, apportant une poésie unique à son univers tout en véhiculant des messages écologiques. Miyazaki adore questionner le lien entre les humains et la nature et bien souvent, celle-ci devient une force dramatique à part entière.
Dans Princesse Mononoké, la forêt possède une dimension spirituelle. Les animaux et les esprits sylvestres incarnent une nature ancienne menacée par les humains, tandis que San s’érige en guerrière protectrice de cette force sacrée.
Le Château dans le ciel, quant à lui, évoque l’utilisation du progrès sans conscience écologique. L’île flottante de Laputa symbolise un équilibre perdu entre technologie et nature, et les dangers qui y sont liés.
Enfin, dans Ponyo sur la falaise et Mon voisin Totoro, la nature joue un rôle différent : elle est moins un lieu de conflit qu’une force merveilleuse et émotionnelle qui accompagne la magie de l’enfance. Tandis que la mer possède une énergie foisonnante qui lui est propre, à l’image de Ponyo, les champs et la forêt sont des lieux d’exploration pour Mei et Satsuki, un territoire fabuleux où l’imaginaire peut prospérer.
✍️ Accorder une place à la nature dans un roman jeunesse apprend au lecteur à la considérer comme une partenaire, pas comme un simple décor ou une ressource.
Mélanger beauté et inquiétude
Je n’aimerais pas autant le style de Miyazaki sans son ambiguïté. Le merveilleux nous marque davantage quand il contient une part d’ombre, et ça, le réalisateur japonais l’applique avec talent. Ses univers et créatures ont beau être enchanteurs, ils ne sont jamais rassurants pour autant.
Pour moi, Le voyage de Chihiro en est un parfait exemple tant on dirait un mélange entre rêve et cauchemar. Son esthétique fascine avec son architecture traditionnelle, ses couleurs éclatantes et son atmosphère magique, mais cela n’empêche pas le film d’être un peu dérangeant. Citons les parents transformés en cochons ou l’étrangeté du Sans-Visage…
Dans Princesse Mononoké, la forêt est d’une beauté exceptionnelle : arbres immenses, lumière traversant les feuillages, animaux majestueux… mais elle abrite aussi des forces inquiétantes comme les sangliers transformés en démons.
Sans parler de la mer dans Ponyo sur la falaise, d’une grande beauté avec ses poissons colorés et sa lumière sous-marine, mais qui devient une force incontrôlable lorsque Ponyo déclenche une gigantesque tempête.
✍️ Le mélange beauté/inquiétude est intéressant dans un roman jeunesse car il correspond à une expérience fondamentale de l’enfance : découvrir un monde merveilleux tout en comprenant qu’il est complexe et parfois dangereux.
Bonne semaine à vous !





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