Écriture

Caractériser un personnage grâce à son lieu de vie

13/11/2023

Savez-vous qu’on peut caractériser un personnage en jouant sur l’endroit où il habite ?

Sa maison (ou autre pièce emblématique) peut en dire long sur lui et sa personnalité. Ainsi, vous pouvez décrire l’antre d’un protagoniste de manière à laisser transparaître des éléments de son caractère, ou même les conflits qu’il s’apprête à vivre.

Pour cela, rien de mieux que quelques détails qui en disent long. Dans toute description, mieux vaut ne pas trop charger son récit, mais plutôt sélectionner des éléments qui ont du sens.

Je vous propose 3 extraits de romans accompagnés de mes réflexions sur ce thème 📚

Chez Bilbo : un terrier bien confortable

Dans un trou vivait un hobbit (…) Il y avait une porte tout à fait ronde comme un hublot, peinte en vert, avec un bouton de cuivre jaune bien brillant, exactement au centre. Cette porte ouvrait sur un vestibule en forme de tube, comme un tunnel : un tunnel très confortable, sans fumée, aux murs lambrissés, au sol dallé et garni de tapis (…) Le hobbit n’avait pas d’étages à grimper : chambres, salles de bain, caves, réserves (celles-ci nombreuses), penderies, cuisines, salles à manger, tout était de plain-pied, et, en fait, dans le même couloir.

Le Hobbit, Tolkien

✍️ Chez Bilbo, tout est bien à sa place, comme en témoignent la porte parfaitement ronde et sa poignée placée exactement au milieu. Voilà qui en dit long sur le caractère routinier et prévisible de ce héros !

La description insiste sur l’extrême confort de son chez-lui, avec un sol jonché de tapis que l’on imagine bien moelleux … Car Bilbo, comme tous les hobbits, aime son petit confort. À tel point qu’il n’a aucun effort à fournir dans sa maison : il n’a même pas d’étages à grimper. Théoriquement, le hobbit n’a même pas à sortir de chez lui, puisque ses nombreuses réserves regorgent de nourriture.

🗻 Cette mise en scène du caractère pantouflard de Bilbo, par le biais de son environnement cosy, rendra le changement d’autant plus remarquable quand il entreprendra sa grande aventure ! Celui qui n’avait même pas d’escaliers à gravir pour circuler chez lui devra bientôt escalader une montagne …

Ainsi, la description du trou de hobbit n’est pas qu’un écho de la personnalité du héros : c’est toute l’intrigue à venir, et son conflit interne, qu’elle introduit.

Chez Anne : une chambre imprégnée de poésie

Pour l’essentiel, la petite chambre n’avait pas changé. Les murs étaient aussi blancs, le pique-aiguilles aussi dur, et la chaise aussi guindée et jaune que jamais. Pourtant l’atmosphère de la pièce n’était plus la même. Elle était envahie d’une nouvelle personnalité, vibrante et pleine de vie, qui n’avait rien à voir avec les livres d’école, les robes et les rubans, pas même avec la cruche bleue fissurée pleine de fleurs de pommier posée sur la table. C’était comme si tous les rêves, endormis et éveillés, de son occupante si passionnée avaient pris une forme visible bien qu’immatérielle, et tapissé les murs nus d’une splendide étoffe translucide d’arcs-en-ciel et de clairs-de-lune.

Anne de Green Gables, Lucy Maud Montgomery

✍️ La personnalité imaginative et foisonnante d’Anne transparaît dans la description de sa chambre. Notre petite héroïne est une fillette exaltée qui aime voir de la magie dans tout ce qui l’entoure. Pas surprenant qu’elle fasse de même avec sa chambre, parvenant à transcender un décor pourtant austère.

En découle une atmosphère pleine de féerie qui lui ressemble.

Pour aller plus loin, on peut dire qu’au-delà de sa chambre, c’est le récit dans son entièreté qui est infusé de la personnalité enjouée et rêveuse d’Anne. C’est d’ailleurs ce ton qui donne tout son charme à la saga de Lucy Maud Montgomery.

Chez Sybille : un grenier sombre et confus

Une faible lumière rouge éclairait la pièce. Tous les rideaux des fenêtres étaient tirés et des foulards rouges enveloppaient les lampes. Il régnait une chaleur étouffante et une bouilloire de cuivre, chauffée par les flammes d’une cheminée au manteau encombré d’objets divers, répandait un étrange et capiteux parfum qui donnait presque la nausée. Les étagères qui recouvraient les murs circulaires étaient encombrées de plumes poussiéreuses, de bouts de chandelle, de jeux de cartes complètement usées, d’innombrables boules de cristal et d’un vaste choix de tasses à thé.

Harry Potter et le prisonnier d’Azkaban, J.K. Rowling

✍️ Située dans un grenier, la salle de cours de Sybille Trelawney représente parfaitement sa propriétaire. Faible luminosité, rideaux tirés, foulards sur les lampes … Cette symbolique de la dissimulation correspond bien à l’adepte du mystère et des sciences occultes qu’est Sybille.

Mais c’est aussi la confusion mentale de l’enseignante qui est représentée dans son grenier, où l’accumulation d’objets donne une sensation de fouillis et d’incohérence.

La présentation physique de Trelawney vient confirmer cette ambiance : « Enveloppée d’un châle vaporeux orné de paillettes, une quantité impressionnante de chaînes et de perles entouraient son cou décharné. »

👁 Notons que tout dépend du point de vue. La description d’un endroit est soumise à la subjectivité du narrateur, comme le prouve le cas de la salle de cours de Trelawney. L’impression que son grenier laisse à Harry est malaisante, à tel point qu’il en ressent une gêne physique (il a chaud, trouve l’odeur écœurante et la luminosité rougeâtre l’oppresse).

Cette description augure les rapports peu cordiaux qu’Harry entretiendra avec Sybille : même s’ils ne sont pas ennemis, il n’accrochera jamais vraiment avec elle.

Or, ce n’est pas le cas de tous les élèves : certains apprécient la professeure de divination, et décriraient sans doute son antre de manière beaucoup plus positive.

Avez-vous d’autres exemples à citer sur ce thème ?

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  • Oriane le 13/11/2023 à 10 h 55 min

    J’adore !

    • Charlotte le 13/11/2023 à 23 h 13 min

      😊