Écriture

4 leçons d’écriture tirées de La Passe-Miroir

07/09/2020

Après mon article sur Les Hauts de Hurle-Vent, j’ai eu envie de décrypter une autre œuvre sous l’angle de l’écriture. La saga dont je vais vous parler cette fois-ci est plus proche de nous car il s’agit d’un récent succès français : j’ai nommé La Passe-Miroir de Christelle Dabos !

Ceux d’entre vous qui me connaissent savent que je suis amoureuse de cette saga. C’est donc avec un enthousiasme particulier que j’ai préparé cet article : pour tout vous dire, j’ai même dû l’écourter (et refréner la fangirl tapie en moi) car j’aurais pu écrire un billet deux fois plus long, et perdre bon nombre d’entre vous au passage 🙃

Trêve de bavardages : je vous emmène en dirigeable voguer dans la mer de nuages qui borde les Arches de La Passe-Miroir. Préparez-vous à affronter le vertige, à vous confronter à de grands mystères et à rencontrer des héros peu ordinaires … Un peu plus que cela, même.

1. Créer un monde vertigineux

L’univers de La Passe-Miroir tourne autour de l’imagerie de la hauteur, du vide, du vertige.

Les constructions y sont immenses (la tour du Mémorial de Babel) ou suspendues dans le vide (la Citacielle) et les personnages souvent pris de vertige en les parcourant (Ophélie en haut de la muraille des Sables-d’Opale).

Entre la Déchirure qui a précipité le monde dans les nuages, les Arches qui flottent dans le ciel et le jeu permanent avec la notion d’espace et de gravité (notamment grâce au pouvoir du clan des architectes), la saga de Christelle Dabos sait se faire vertigineuse.

Cet univers grandiose permet à l’imaginaire de voyager au-delà des limites de notre monde, de se couper du réel pour profiter d’un moment de rêve et d’évasion. Et c’est justement ce que recherche un lecteur de fantasy

✍️ Conseil d’écriture : À votre tour de voir grand ! Univers vertigineux, créatures étranges et pouvoirs surnaturels : déployez votre imagination, laissez-la briser les limites de notre monde pour créer un univers fascinant ✨

L’Arche de Babel par Camille Ruzé

2. Insuffler de la vie aux mots

Si la plume de Christelle Dabos nous entraîne si facilement dans son récit, c’est parce qu’elle est à la fois fluide, expressive et imagée ✒️

Regardez comme ces verbes donnent vie et texture au récit, par leur caractère très visuel :

« Ophélie débobina son interminable écharpe »
« Thorn avala en deux longues enjambées les marches du perron »
« Le cri hystérique de sa marraine s’étira vers les étoiles »

Autre signature du style de La Passe-Miroir : les dialectes propres aux différentes Arches, qui permettent de distinguer les grandes familles et de leur donner de la personnalité !

Sur ce point, mes chouchous sont les habitants de l’Arche natale d’Ophélie avec leurs expressions animistes (« Quelle épingle vous pique ? », « Tu es plus têtue qu’une table basse ! », « Thorn, dans quelle soupière êtes-vous allé me mettre ? »)

Enfin, une galerie d’images très visuelles colorent le texte : Thorn est comparé à un « ours polaire », la Citacielle à « une énorme ruche reniée par la terre » et l’Arche d’Anima, vue de loin, ressemble à « une souche de terre et de gazon qu’une pelle invisible aurait arrachée de son jardin ».

✍️ Conseil d’écriture : Pour insuffler de la vie à votre texte, utilisez des images parlantes et des verbes expressifs. Travaillez vos dialogues de manière à ce que vos personnages s’expriment de manière personnelle et incarnée.

À lire aussi : Utiliser les figures de style pour imager son roman

3. Mettre en scène des anti-héros

Ah, La Passe-Miroir et ses personnages inoubliables !

Le moins qu’on puisse dire, c’est que les héros de Christelle Dabos sortent des sentiers battus.

Côté allure, Ophélie est une jeune fille maladroite qui se cache derrière ses grosses lunettes et ses robes démodées. Sa personnalité aussi détonne dans le paysage de la littérature fantasy : au début de la saga, c’est une grande solitaire qui est plus dans l’observation que dans l’action, et ne jure que par les vieux objets de son musée.

Bref, Ophélie ne ressemble pas aux héroïnes habituelles.

Et c’est aussi pour ça qu’on l’aime, tout comme les autres personnages de la saga : le glacial Thorn ⏱, la capricieuse Berenilde, le provocateur Archibald …

Il faut dire qu’on s’attache facilement aux personnages imparfaits, car ils ont plus de relief. Ils nous paraissent plus réalistes et donc plus humains. Mais on a aussi tendance à s’identifier à eux, puisque, comme nous, ils sont faillibles.

Un héros imparfait, c’est également la possibilité de le faire évoluer. Ophélie nous le prouve, passant progressivement de la jeune fille passive du début à l’héroïne combative du dernier tome …

✍️ Conseil d’écriture : N’ayez pas peur de montrer les défauts de vos personnages, et, plus largement, de les doter d’une personnalité différente de ce que l’on rencontre habituellement dans les romans. L’essentiel est d’établir une cohérence entre leurs qualités et leurs défauts, et surtout de les faire évoluer au fil du récit.

Ophélie et Thorn par Miss Holly

4. Instiller du mystère

Les premiers tomes de La Passe-Miroir sont émaillés de Bribes, ces passages énigmatiques qui se superposent au récit principal. Les Bribes évoquent de manière vague et mystérieuse la genèse du monde de la saga, et le lecteur sent qu’elles sont reliées à l’intrigue … mais sans vraiment comprendre comment.

Ces touches de mystère parent le récit d’un voile intriguant. Elles sont comme des pièces de puzzle éparpillées : on a envie de les rassembler pour comprendre le secret qui se cache derrière ces énigmes !

Au fil des tomes, le mystère qui entoure ce passé prend de l’ampleur et se resserre autour d’Ophélie. Alors qu’elle était jusque-là abordée en parallèle, la genèse du monde évoquée dans les Bribes rejoint peu à peu l’intrigue principale.

Le secret qui plane sur la saga trouve son apogée dans le dernier tome. À la fin, tout s’imbrique et on comprend les tenants et les aboutissants de cette intrigue tissée avec génie 📙 !

Comme toute bonne fin, le dénouement de La Passe-Miroir est à la fois satisfaisant (puisque tout s’explique) et surprenant (car il est assez dense et complexe pour qu’on ne s’en doute pas à l’avance).

✍️ Conseil d’écriture : Vous aussi, jouez avec le mystère dans votre roman … à condition de ne laisser aucune piste inexpliquée à la fin (il faut que tout prenne sens avec votre intrigue). Vous pouvez par exemple glisser ça et là des indices énigmatiques de ce que vous allez révéler à la fin de votre histoire.

Voilà pour cet article spécial La Passe-Miroir 🙂 … Dites-moi tout, aimez-vous aussi la saga de Christelle Dabos ?

Quelle autre œuvre voudriez-vous que j’analyse dans un prochain article ?

À lire aussi : 5 leçons d’écriture tirées des Hauts de Hurle-Vent

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10 Commentaires

  • Répondre Lauriane le 07/09/2020 à 9 h 54 min

    Merci pour tes articles qui changent de l’ordinaire. Tu te bases sur des exemples et ça fait du bien, de ne pas toujours entendre les mêmes rengaines, les mêmes conseils plats qu’on lit partout ailleurs.
    Ton travail est très inspirant pour une auteure en herbe comme moi et je t’en remercie. Et, oh, tes photos.. Félicitations, elles sont sublimes ! 🙂

    • Répondre Charlotte le 07/09/2020 à 11 h 53 min

      Merci beaucoup Lauriane 🥰 . Pour tout te dire je passe beaucoup de temps à rédiger mes articles, à prendre mes photos etc. , c’est vraiment une activité qui me passionne !

  • Répondre Angeline Bonn le 07/09/2020 à 10 h 46 min

    Étant une amoureuse inconditionnelle de La Passe-Miroir et d’écriture, je ne peux qu’approuver sans réserve cet article ! Ton texte précis et comportant de nombreuses références démontre ton amour et ta connaissance précise de l’œuvre ! 🙂 Ton travail est comme toujours intéressant, précis et bien construit. Bravo également pour la présentation de ton blog ! 🙂

    • Répondre Charlotte le 07/09/2020 à 11 h 55 min

      Merci beaucoup Angeline ! Comme toi je suis une grande fan de la saga de Christelle Dabos, et j’ai adoré travailler sur cet article 😊

  • Répondre BIETRY Priscillia le 07/09/2020 à 11 h 11 min

    Bonjour, je suis une grande fan de la passe miroir, j’ai littéralement dévorer l’ensemble des tomes. Merci pour cet article instructif sur le style et les manœuvres de l’auteure.

    • Répondre Charlotte le 07/09/2020 à 11 h 57 min

      Je suis contente de lire des commentaires d’autres fans de La Passe-Miroir ici ! Merci à toi pour ton message Priscillia 💜

  • Répondre Daphné le 07/09/2020 à 19 h 16 min

    Merci beaucoup pour cet article ! J’adore te suivre. Franchement, comme c’est la Passe-Miroir, ça ne m’aurait pas dérangée que l’article soit plus long 😉
    Je trouve que l’idée de se pencher sur des œuvres du point de vue de l’écriture est très formateur !

    • Répondre Charlotte le 07/09/2020 à 22 h 07 min

      Merci beaucoup 🤗 ! Oui je trouve ça passionnant de décortiquer les points forts des œuvres que j’aime …

  • Répondre Marie le 07/09/2020 à 21 h 28 min

    Bonsoir,
    Je me suis laissée prendre à cette saga exactement pour les raisons que tu décris ici (même s’il me manque le dernier tome pour avoir le dénouement !! *hâte*). Bref, j’ai beaucoup aimé ton article 🙂

    • Répondre Charlotte le 07/09/2020 à 22 h 08 min

      Merci Marie !! J’espère que le dernier tome te plaira autant que les premiers 🙂

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