Écriture

5 clés pour réussir ses personnages secondaires

15/02/2021

Dans cet article, je vais vous parler de personnages de romans … mais, cette fois-ci, il ne va pas être question des héros ! Nous allons plutôt nous concentrer sur les personnages secondaires. Plus discrets que les principaux, qui occupent le devant de la scène, ils n’en restent pas moins essentiels et passionnants à créer.

Contrairement aux héros, les personnages secondaires ne connaissent pas forcément une évolution au fil de l’histoire, mais il est important de les travailler car ce sont eux qui étoffent le récit, lui apportent de la vie et de la densité.

Commençons déjà par distinguer les 3 grands types de personnages secondaires. Je vais illustrer ce point avec des exemples tirés de la saga Harry Potter 🧙

✍️ Les figurants

Ils restent en retrait mais rendent une scène et un univers plus réalistes. Ils font partie du décor, de l’ambiance. Ces personnages font partie intégrante du roman, cela dit, mieux vaut ne pas trop s’attarder sur eux au risque de noyer le lecteur sous un flot d’informations inutiles. Vous pouvez toutefois attribuer des traits distinstifs à vos figurants pour qu’ils soient plus concrets.

Quand Harry et Ron parcourent le campement du tournoi de Quidditch (Harry Potter et la Coupe de Feu), ils croisent de nombreux sorciers venus des quatre coins du monde, ce qui les immerge dans l’effervescence et le côté cosmopolite du match :

« Trois sorcier africains, vêtus chacun d’une longue robe blanche, étaient plongés dans une conversation très sérieuse, tout en faisant rôtir sur un grand feu aux flammes violettes quelque chose qui ressemblait à un lapin. Un peu plus loin, un groupe de sorcières américaines papotaient joyeusement sous une bannière étoilée tendue entre leurs tentes et sur laquelle on pouvait lire : Institut des sorcières de Salem. »

Ces détails apportent de la profondeur à l’univers de la saga en nous laissant entrevoir son côté vaste.

✍️ Les personnages secondaires mineurs

Ceux-là ont plus d’ampleur : ils participent à la richesse de l’univers mais peuvent aussi agir sur l’intrigue. S’ils sont bien caractérisés, ces personnages marquent l’esprit du lecteur, qui se souviendra d’eux longtemps !

Ce sont par exemple les nombreux professeurs de la saga Harry Potter, tous mémorables à leur manière : Sibylle Trelawney avec ses grosses lunettes et sa voix d’outre-tombe, Alastor Maugrey au tempérament abrupt et équipé de son œil magique, Dolorès Ombrage avec ses tenues roses et sa voix sirupeuse …

✍️ Les personnages secondaires majeurs

Ils sont quasiment aussi importants que le héros. Souvent, ils l’accompagnent, le soutiennent et l’aident à se ressaisir quand il perd confiance. Ces personnages sont essentiels à l’intrigue mais aussi au personnage principal, qu’ils viennent équilibrer par leur propre tempérament.

Dans Harry Potter, il s’agit par exemple de Ron et d’Hermione, sans qui le sorcier à lunettes aurait eu bien du mal à mener à bien sa quête.

NB : j’ai découvert cette distinction entre les 3 types de personnages secondaires ici

Vous vous en doutez, on travaillera plus ou moins les personnages secondaires en fonction de la catégorie à laquelle ils appartiennent. Par exemple, Ron connaît une évolution psychologique au fil des tomes, contrairement au professeur Trelawney qui reste plutôt figée dans son rôle …

Notons aussi que ces statuts peuvent varier : il arrive qu’un personnage devienne de plus en plus important au fil de l’histoire.

Dans la suite de l’article nous allons mettre de côté les figurants pour nous concentrer sur les personnages mineurs et majeurs.

Alors, quels leviers utiliser pour créer de bons personnages secondaires ?

1. Ils sont mémorables

Le piège à éviter est celui des personnages secondaires fades et interchangeables qui se ressemblent tous. Faites en sorte qu’ils soient différents les uns des autres ! Vous pouvez notamment leur attribuer quelques caractéristiques fortes qui les rendront mémorables (mais toujours en dosant pour ne pas trop en faire). Dans la même idée, mieux vaut ne pas leur attribuer de noms qui sonnent de la même manière, sinon le lecteur risque de les confondre.

À lire : Choisir le nom de ses personnages

2. Ils équilibrent le héros

Vous pouvez jouer sur la complémentarité entre vos personnages. Dans Le Sorceleur de Andrzej Sapkowski, le héros Geralt a un caractère taciturne et ténébreux, mais cette tendance est contrebalancée par le côté volubile de son ami Jaskier. Ici, le personnage secondaire vient équilibrer le principal et apporte de la fraîcheur au récit.

3. Ils agissent sur l’intrigue

Ce conseil s’applique en particulier aux personnages secondaires majeurs. On dit souvent que de bons personnages font l’intrigue d’un roman … Faites en sorte que ce soit aussi leur cas ! Ils peuvent agir directement sur le déroulement du récit ou bien aider le héros à évoluer, compenser ses failles, lui apporter un autre regard sur les événements qu’ils traversent. Bref, ils ont leur propre voix et ne servent pas uniquement de faire-valoir au personnage principal.

4. Ils ont de la profondeur

Évitez de mettre en scène des personnages secondaires en carton, qui semblent vides de toute substance et servent juste à remplir une fonction … Au contraire, faites en sorte qu’ils aient des particularités, bizarreries et autres idiosyncrasies qui les rendront humains et attachants. Dans l’idéal, leur personnalité n’est pas toute noire ou toute blanche, mais quelque part au milieu …

5. Ils ont un background

Les personnages n’apparaissent pas dans l’histoire comme par magie : ils ont vécu des choses avant. Imaginez donc leur passé, et aussi la manière dont les épreuves qu’ils ont traversées ont forgé leur caractère, ont accentué leurs failles. Dans l’idéal leur passé peut même être lié à l’intrigue de votre roman, de près ou de loin.

→ Pour créer des personnages secondaires consistants et authentiques, qui ont des particularités et un passé, remplissez pour chacun d’entre eux une fiche personnage ! Bien sûr, il ne s’agit pas de tout indiquer dans le roman ensuite … Mais plutôt de garder ces éléments sous le coude pour glisser de-ci de-là des infos qui viendront approfondir ces personnages.

💡 À savoir

En narratologie, on distingue plusieurs archétypes de personnages secondaires :

  • L’amant/amante : il représente l’intérêt sentimental du héros
  • L’antagoniste : il se met en travers de la route du héros pour l’empêcher d’atteindre son but
  • L’allié : qu’il soit du côté du héros ou de l’antagoniste, il s’engage concrètement auprès de lui
  • Le mentor : il reste plus distant mais donne des conseils et informations stratégiques au héros
  • Le sceptique : il se trouve du côté du héros ou de l’antagoniste et lui apporte son aide, mais a tendance à remettre toujours en cause ses actions

Il n’est bien sûr pas question d’enfermer un personnage secondaire dans l’un de ces rôles, mais on peut s’inspirer de ces classifications et s’en servir comme d’une base !

Passons maintenant aux exemples concrets 🙂

SPOIL : Attention si vous ne connaissez pas ces livres et souhaitez les lire, je dévoile certains éléments de l’intrigue (notamment sur la partie concernant Theon Greyjoy).

📚 Trois personnages secondaires qui ont du relief

Illustration Mike Hallstein

THEON GREYJOY
Le trône de Fer, George RR Martin

Voici un bon exemple de personnage secondaire qui évolue pour devenir plus important au fil de l’histoire ! George RR Martin est un maître en la matière : il n’a pas son pareil pour mettre en lumière des personnages qui étaient jusque-là dans l’ombre, afin de décortiquer leurs failles et les mécanismes qui les poussent à agir.

Au début de l’histoire, Theon est complémentaire de Robb Stark, qui peut être considéré comme son frère de cœur. Les deux adolescents s’opposent tout en étant inséparables. Theon est volage et instable quand Robb, aîné d’une prestigieuse famille, se doit de faire preuve de sagesse et de responsabilité.

Au fil des tomes, le personnage de Theon se mettra à agir sur l’intrigue puisqu’il retourna sa veste et trahira Robb, événement lourd de conséquences sur l’histoire.

Ce n’est pas un personnage manichéen : George RR Martin nous montre les méandres psychologiques qui le poussent à trahir son ami. Theon a grandi chez les Stark en tant qu’otage et n’a jamais vraiment trouvé sa place malgré la bienveillance de la famille de Robb. Il souffre d’une faille identitaire et, quand il retourne sur les Îles de Fer, fief de sa propre famille, ses souffrances remontent à la surface et il craque.

Notons que Le Trône de Fer a la particularité de ne pas présenter un seul héros, mais de faire cohabiter les voix de divers personnages à importance égale. C’est ainsi que des personnages secondaires au départ, comme Theon, peuvent finir par faire partie des principaux par la suite.

À lire : Les conseils d’écriture de George RR Martin

Illustration Patricia Lyfoung

LA TANTE ROSELINE
La Passe-Miroir, Christelle Dabos

Parmi les nombreux personnages attachants de ma saga chouchoute, j’ai décidé de vous parler de la tante Roseline ! C’est un personnage bien caractérisé : on la visualise facilement avec son visage chevalin, sa posture guindée et son chignon strict.

Sèche et froide en apparence, elle ne nous semble pas très sympathique au début de l’histoire … Roseline est en effet présentée comme une veuve pète-sec et un tantinet aigrie, avec qui Ophélie partage peu de choses lorsqu’elles embarquent toutes deux pour le Pôle. Pourtant, au fil des jours, on découvre sa véritable nature : celle d’une femme certes peu amène, mais courageuse et loyale, capable de se battre bec et ongles pour sa nièce. C’est un personnage tout en nuances, que l’on apprend à aimer.

La tante Roseline a des petites manies et des particularités attendrissantes. Elle emploie volontiers les expressions animistes de son arche natale (« tu es plus têtue qu’une table basse ») et est obsédée par la restauration du papier, qui constitue à la fois son talent et son ancien métier.

Il s’agit d’une alliée fiable pour Ophélie, elle est là pour l’épauler et lui remonter les bretelles lorsqu’elle doute. Sa présence discrète est un refuge pour sa nièce, son côté stable évoque le bon sens d’Anima, dont Ophélie a tant besoin dans les méandres du Pôle.

À lire : 4 leçons d’écriture tirées de La Passe-Miroir

Illustration Jim Kay

RUBEUS HAGRID
Harry Potter, J.K Rowling

Hagrid attire irrésistiblement la sympathie du lecteur, pourtant, il est loin d’être parfait ! D’un côté, le demi-géant barbu est une vraie crème avec Harry, Ron et Hermione. De l’autre, son penchant pour les créatures fantastiques le pousse à introduire des monstres (dragons ou araignées géantes) dans un château rempli d’enfants et d’adolescents … Ce n’est donc pas un personnage manichéen.

De plus, Hagrid a un passé dont on découvre quelques éléments au fil des tomes : on sait que son père est un humain et sa mère une géante qui l’a abandonné à l’âge de trois ans, mais aussi qu’il a été élève à Poudlard puis injustement renvoyé avant de devenir garde-chasse. C’est aussi lui qui a récupéré Harry, âgé de un an, lorsque ses parents ont été tués par Voldemort.

Enfin, Hagrid, en plus d’être fortement caractérisé par son physique atypique et son tempérament bourru, a un impact sur l’intrigue de la saga. Son présent et son passé s’entremêlent avec l’intrigue principale à de nombreuses reprises. Comme dans le deuxième tome (Harry Potter et la chambre des secrets) avec le rôle joué par Aragog, l’araignée géante qu’Hagrid a introduite à Poudlard des années plus tôt …

Liens de partage

Vous pourriez aussi aimer

  • Lilas le 16/02/2021 à 9 h 03 min

    Depuis que j’ai lu ton article pour écrire l’amitié dans son roman j’attendais cet article! Je le trouve très bien expliqué mais je pense qu’on peut rajouter un personnage: draco malfoy. Sans que ce soit un véritable méchant (sauf vraiment à la fin) il embête Harry souvent. Il est entre l’ami et l’antagoniste. C’est lui qui va le pousser à faire des choix, bons ou mauvais pour être au dessus de lui ou au moins que draco arrête de l’embêter. Merci pour ces bons conseils!
    Lilas

    • Charlotte le 16/02/2021 à 9 h 14 min

      Merci à toi ! Tu as raison et d’ailleurs ton commentaire souligne une autre question, celle des différents niveaux d’antagonistes. Pour reprendre ton exemple, dans le premier tome d’Harry Potter il y en a 3 : Draco/Quirrell/Voldemort. On pourrait se questionner sur cette graduation et ce qu’elle implique, peut-être que je me pencherai dessus dans un nouvel article 🙂

      • Lilas le 16/02/2021 à 16 h 16 min

        Oui, se serait une super idée !

        • Charlotte le 17/02/2021 à 13 h 59 min

          Oui merci pour l’idée 😊

  • Enirtourenef le 16/02/2021 à 18 h 01 min

    Te lire me rassure sur mes personnages ! Les personnages, c’est vraiment ce que j’ai le plus de mal à faire, et j’ai toujours un peu peur qu’ils soient soit : trop caricaturaux dans leur caractère, pas assez développés ou au contraire qu’on sente que leur passé n’est qu’une coquille vide !

    • Charlotte le 17/02/2021 à 13 h 59 min

      Oui ce n’est pas évident à doser !