Pour ce tout dernier article de l’année, j’ai envie de vous parler d’une technique narrative passionnante. Vous l’avez lu dans le titre, on va se pencher sur le foreshadowing 🙂
Mais de quoi s’agit-il ?
Dans un roman, tout est une question de promesses. Dès les premières pages, l’auteur fait signe au lecteur : Suis-moi, je vais te raconter une histoire et tu peux me faire confiance.
Le foreshadowing — ou préfiguration — fait partie de ces promesses implicites. C’est la technique narrative qui consiste à semer, au fil du récit, des indices sur ce qui va arriver plus tard.
Pourquoi utiliser le foreshadowing ?
1. Créer de la cohérence narrative
Le foreshadowing évite l’effet « deus ex machina », vous savez, ce moment où un événement sort de nulle part pour résoudre un problème clé. Je trouve toujours ce procédé un peu frustrant. Au contraire, en annonçant subtilement certains éléments, l’auteur prépare le terrain. Le lecteur doit pouvoir se dire, après coup qu’il aurait pu s’en douter depuis le début !
2. Installer de la tension et du suspense
Une ambiance, un détail étrange, une phrase anodine… et le lecteur sent que quelque chose couve. Sans savoir quoi. C’est un moteur puissant : même un indice minuscule peut accrocher l’attention.
3. Renforcer les thèmes du roman
La préfiguration n’est pas seulement un outil d’intrigue : elle peut aussi souligner les thématiques du livre, faire écho aux enjeux ou préparer un message.
Comment réussir son foreshadowing ?
1. Semer tôt, mais pas trop fort
L’indice doit être présent suffisamment en amont pour ne pas sembler artificiel, mais sans trop attirer l’attention. Généralement, le premier tiers du roman est idéal pour semer des graines.
2. Trouver l’équilibre
Le bon foreshadowing est celui qu’on oublie… jusqu’au moment où l’on se rappelle qu’il était là. Évitez les indices trop lourds, trop appuyés, trop répétés, au risque de rendre le twist prévisible.
3. L’intégrer naturellement à la narration
Un indice ne doit pas ressembler à un panneau clignotant au milieu de la scène. Il doit faire partie du décor, du dialogue ou des actions du personnage. Demandez-vous toujours : Est-ce que cet élément est cohérent dans la scène actuelle ? Si la réponse est oui, il sera d’autant plus efficace comme foreshadowing.
4. Varier les formes
Plutôt que de répéter le même type d’indice, mélangez les styles : un geste, un objet, une phrase, un événement mineur… Cela rendra la préfiguration moins perceptible et plus riche.
5. Récompenser le lecteur
La clé du foreshadowing, c’est la récompense. Si vous semez un indice, utilisez-le ! Le lecteur doit sentir qu’il était mené quelque part, et que ce quelque part en valait la peine.
💡 Le foreshadowing peut aussi prendre la forme d’un motif symbolique
L’auteur utilise alors des images, des motifs ou des métaphores pour préfigurer un événement. Une tempête au loin peut annoncer un conflit. Un miroir brisé peut annoncer une rupture. La symbolique fonctionne surtout dans les récits où l’atmosphère est primordiale !
Les erreurs à éviter
- La préfiguration tardive : Introduire un élément essentiel quelques pages avant son utilisation casse l’effet. Le lecteur sent que quelque chose a été ajouté au dernier moment. D’ailleurs, pour l’anecdote, je me rappelle avoir été très déçue par une série que j’aimais bien, The Mentalist, exactement pour cette raison : le grand meurtrier/ennemi du héros est présenté seulement quelques épisodes avant que l’on nous révèle que c’est lui…
- Les fausses pistes mal gérées : Semer des éléments qui n’auront aucune utilité peut vite frustrer. À moins de vouloir jouer avec les attentes du lecteur, mais dans ce cas il faut le faire intentionnellement et bien travailler cet effet.
- Le foreshadowing trop évident : Si le lecteur devine le twist à l’avance parce que les indices sont trop visibles, l’effet est amoindri. La subtilité est votre meilleure alliée.
Exemples concrets de foreshadowing
Dans Harry Potter (J.K. Rowling)
Dès les premiers chapitres du tome 1, les éléments sont posés (les pouvoirs de Harry, la pierre philosophale ou encore le comportement étrange de Quirrell) et ne prennent sens que bien plus tard.
Dans La Passe-Miroir (Christelle Dabos)
La préfiguration se manifeste notamment via les zones d’ombre du passé des esprits de famille, qui annoncent progressivement l’ampleur du mystère entourant l’origine et la fragilité du monde éclaté.
Dans Le Seigneur des Anneaux (J.R.R. Tolkien)
La simple phrase « Un anneau pour les gouverner tous » est répétée à plusieurs reprises et teinte toute l’œuvre d’une menace latente (même Frodon finira par être gouverné par l’anneau !)
Dans Millenium (Stieg Larsson)
Le foreshadowing repose sur les allusions récurrentes à la violence et aux secrets de la famille Vanger, qui préparent le lecteur à découvrir que l’origine du crime se trouve au cœur même du clan (je parle du 1er tome, je n’ai pas encore lu les autres).
Dans Le Trône de Fer (George R.R. Martin)
Des rêves et prophéties apparemment anodins annoncent, parfois très en avance, les trahisons, morts et renversements de pouvoir à venir.
En bref, le foreshadowing, ce n’est pas simplement annoncer ce qui va arriver : c’est créer de l’attente sans révéler, tisser une cohérence invisible et offrir au lecteur une expérience où tout a du sens. C’est l’outil idéal pour transformer une histoire ordinaire en récit profondément satisfaisant.
En tout cas, personnellement, c’est une technique qui me fait toujours beaucoup d’effet. Et j’adore relire les livres ou revoir les films qui l’emploient pour repérer ces indices, après coup !
Que vous écriviez un roman d’aventure, un thriller, un drame familial ou une histoire fantasy, pensez à ces graines de sens que vous pouvez semer. Ce sont elles qui, une fois écloses, donneront à votre histoire toute sa force émotionnelle.
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