Insuffler de la vie à un personnage

personnages-roman
Au cœur du roman, il y a l’être humain. Un personnage attachant accroche le lecteur, c’est lui qui le pousse à tourner les pages pour vivre l’histoire avec lui. Mais il n’est pas toujours évident de lui donner du relief … Voici quelques pistes que j’aime bien explorer quand j’écris.

Les caractéristiques de sa présence

Avez-vous remarqué à quel point certaines photos de nous paraissent figées et éloignées de ce que nous sommes réellement ? La perception d’un être humain ne se limite pas à son apparence physique. Elle est constituée de toutes ces petites choses qui, appréhendées ensemble, forment sa présence : son expression, son regard, ses mimiques, sa voix, ses tics de langage, sa manière de parler ou de se taire, ses gestes, son allure, sa façon de marcher … Et j’en passe !

Retranscrire la présence de votre personnage grâce à ces éléments permet de le rendre plus vivant, plus palpable.

Prenons l’exemple de Katniss dans Hunger Games. Dès la deuxième page du premier roman, l’auteur nous présente la manière dont la jeune fille se lève : « Je balance mes jambes hors du lit et me glisse dans mes bottes de chasse. J’enfile un pantalon, une chemise, je fourre ma longue natte brune dans une casquette et j’attrape ma gibecière. » Ces quelques lignes sur la gestuelle et les choix vestimentaires de Katniss en disent plus long sur sa personnalité qu’un long discours. C’est un personnage direct, spontané et sans chichis. Elle est dans l’action, ne se soucie pas de son apparence et privilégie des vêtements pratiques pour aller chasser, sa priorité étant la survie des siens.

La narration elle-même est imprégnée de l’essence de Katniss. Avec ses phrases courtes et un peu brusques, le style du texte est clair, direct et sans détour, à l’image du tempérament de la jeune fille.

Les défauts de ses qualités

Selon un vieil adage, on a les défauts de ses qualités. J’ai toujours trouvé cette expression assez juste. Nous sommes des individus complets, entiers, nos points forts et faibles découlent les uns des autres. Une personne qui dit ce qu’elle pense pourra être qualifiée de franche à certains moments, et de brutale à d’autres. On regrette son manque de tact comme on apprécie de pouvoir compter sur son avis honnête. Son défaut et sa qualité ne sont que les deux versants du même trait de caractère.

Cette dualité est intéressante à mettre en place quand on créé un personnage de roman. Pour être attachant, il doit avoir des points faibles. Autant le rendre cohérent et donc crédible en lui attribuant les défauts de ses qualités (même si une petite contradiction bien maîtrisée ne fait pas de mal).

Parlons un peu de Ned Stark dans Le Trône de Fer (spoil tome 1) : sa qualité principale est son sens de l’honneur. Il agit en fonction de ses valeurs au détriment de son intérêt personnel. C’est ce qui en fait un personnage fiable, admiré et respecté, même par ses ennemis. Le lecteur s’attache à ce héros droit et juste, sans cesse tiraillé entre son cœur et son sens du devoir, et qui finit généralement par faire le choix le plus honorable.

Mais, au fil des pages, on se rend compte que le sens de l’honneur exacerbé de Ned est aussi son point faible. Il ne parvient pas à tirer son épingle du jeu à Port-Réal, le royaume du complot et de la traîtrise. Sa raideur et son incapacité à déroger à ses principes causeront sa perte. Il aurait pourtant suffit d’une petite entorse à la règle pour que son sort soit radicalement différent.

Comme un effet boule de neige, c’est le sens de l’honneur de Ned qui va causer la chute de sa famille et faire trembler le Nord tout entier. D’une certaine manière, c’est cette qualité-défaut qui met en branle l’intrigue du Trône de Fer. On dit d’ailleurs que dans les bons romans, la trame découle directement du caractère des personnages …

Les méandres de son passé

Notre personnalité est en partie forgée par notre vécu et nos expériences. En tant que lectrice, j’aime quand les auteurs jouent sur cette notion pour approfondir leur roman. Quand elle se fait au moment approprié, la révélation d’événements vécus par un personnage ne se contente pas de changer son image aux yeux du lecteur. C’est un joker, une carte à jouer utile pour l’intrigue en elle-même.

J’ai aimé découvrir le passé de Rogue dans Harry Potter (spoil tome 7). Celui que l’on a considéré comme un professeur revêche, puis comme un Mangemort diabolique, se révèle finalement être un agent double, qui a œuvré dans l’ombre par amour pour la mère de Harry. Cela apporte de la profondeur et de l’intérêt au personnage, mais pas seulement : c’est un rebondissement à part entière.

Petite parenthèse : ce thème me fait penser à un autre exemple issu du manga One Piece. À chaque arrivée d’un nouveau membre dans l’équipage, il y a un flashback dévoilant les événements tragiques de son passé. C’est attendu et systématiquement dramatique mais ça fonctionne : on s’attache à tous les coups au nouveau venu !

Revenons au domaine de la littérature. Comment raconter le passé d’un personnage dans un roman ? L’idée de la Pensine dans Harry Potter (ce récipient qui permet plonger dans les pensées d’un individu) est géniale mais appartient à l’univers de la magie, bien spécifique à la saga. On peut bien sûr imaginer d’autres concepts un peu fous quand on écrit dans le domaine du fantastique. Dans un style réaliste, pourquoi ne pas évoquer le passé d’un individu en tombant sur son journal intime, ou tout simplement en le faisant raconter son histoire ? Mieux vaut toutefois éviter un récit trop long, qui nous ferait perdre de vue l’essentiel : ce qui est en train de se passer dans le roman.

Suivez moi sur Facebook par ici !

14 commentaires

  1. Ortisse le

    Merci pour cet article vraiment très intéressant!
    Au niveau des personnages, j’aime ceux avec du relief, des personnages qui se débattent avec ce qu’ils sont ou ce qu’ils ont. Rogue est de loin mon personnage préféré d’Harry Potter et ce dès le 1er tome. Dans le genre volte face je n’ai jamais été autant surprise par un personnage que par Jaime dans le Trône de Fer: au départ il était précisément le type de perso qui ne m’intéresse pas: bête, méchant, sans relief. Mais peu à peu au fil des aventures il change, évolue et devient un de mes perso préféré: Jaime a perdu une main mais il a gagné une personnalité!
    Allez, j’arrête ici, je pourrai parler de personnages géniaux pendant des heures: Morita dans le manga Honey and Clover, le Fou dans l’Assassin Royal, Sherlock Holmes, Miss Charity…

    • Charlotte le

      Je suis bien d’accord pour Jaime ! C’est aussi l’un de mes personnages préférés de la saga. George R.R. Martin a un talent énorme pour réussir à nous faire aimer ce personnage qui commence quand même très mal (en jetant Bran du haut de la tour). J’ai été captivée par son évolution, on comprend que jusque-là il a été aveuglé par sa relation malsaine et fusionnelle avec sa sœur (qui, elle, est vraiment mauvaise, pour le coup). J’ai l’impression que son changement est dû à la fois à son éloignement physique, à la perte de sa main, mais aussi et surtout à sa rencontre avec Brienne, dont le caractère honorable et chevaleresque réveille l’âme de chevalier bien enfouie au fond de Jaime. Bon je m’arrête là, je crois que je pourrais parler des personnages du Trône de Fer pendant des heures 😉 .

  2. Gaëlle le

    Tu as raison : la présentation du personnage et ses description font beaucoup. Les mots touchent beaucoup plus que les images je trouve, c’est pour ça qu’on est toujours déçu lorsque l’on voit un film adapté d’un livre. Ca ne rend jamais aussi bien !

    • Charlotte le

      Bonjour Gaëlle ! Je suis d’accord, ça fait bizarre de voir une adaptation après s’être fait sa propre image en lisant le livre. Il parait d’ailleurs que quand on écrit un roman, il ne faut pas faire la description d’un personnage trop tard, sinon le lecteur s’en est déjà fait une idée et risque d’être déçu. Il parait qu’il y a même des auteurs qui ne décrivent pas du tout le physique de leurs personnages pour laisser l’entière liberté à l’imagination du lecteur ^^.

  3. lesdoucesparoles le

    Coucou,
    Je crois que c’est une des choses les plus difficile dans l’écriture d’un roman. Chaque personnage doit avoir sa propre personnalité, son histoire et son caractère. Je suis d’accord avec toi, c’est vraiment très important car c’est ce qui va nous donner envie de continuer à lire ou non.
    Très sympa ton article en tout cas.
    Bonne journée !

    • Charlotte le

      Merci pour ton message 🙂 . Oui ce n’est pas toujours évident comme aspect. Je ne sais pas toi, mais moi il y a certains personnages que je « sens » tout de suite bien, et d’autres pour lesquels c’est plus difficile, qui demandent plus de travail pour que tout ça se mette en place. Bonne semaine à toi !

  4. Cookile Paradise le

    Un bel article comme j’aime, je suis fan de l’univers d’Harry potter et j’ai lu plusieurs fois ces livres. Il vrai que le suspense était bien préservé autour du personnage du professeur Rogue et j’ai aimé comment justement J.K Rowling au fil de l’histoire a su maintenir le doute jusqu’au dernier volet sur le caractère de ce personnage. Néanmoins, j’étais déçue par l’adaptation cinématographique, trop de passage sont bâclés et c’est fort dommage. J’ai préféré sans l’ombre d’un doute la version papier ^^ et il en est de même avec les tomes ‘Le trône de fer’, ‘Bilbo le hobbit’… c’est important quand les auteurs font des descriptions, développent…autour des personnages, ce sont ces caractéristiques qui vont justement retenir toute notre attention, qui vont créer l’engouement de continuer à lire tel ou tel roman… Je pourrais en parler des heures et des heures autour d’un thé tellement je suis fascinée par les livres. Bon dimanche à toi !

    • Charlotte le

      Hihi c’est clair qu’une adaptation ciné vaut rarement un bon roman. Il y a quelque chose de magique qui se passe entre les pages et l’imagination, et c’est impossible à reproduire dans un film. Très bonne semaine à toi 🙂 .

  5. Manu le

    Ah… Rogue… Le vrai génie de Rowling est contenu dans ce personnage. C’est bien lui qui donne tant d’intérêt aux derniers H.P… donc aux premiers tomes !
    Ce que j’aime écrire, en tant que scribouillard, ce sont des personnages avant tout dévoilés par leurs pensées et la façon dont naissent leurs pensées. Je suis souvent du côté de la gouaille, des palabres inutiles et pourtant révélatrice d’un caractère, d’une certaine révolte… D’où le recours, bien souvent, à une narration à la première personne, narration pas révolutionnaire mais qui me permet de donner rapidement de l’épaisseur à mon personnage.
    Ce que j’aime lire, en tant que lecteur, ce sont des personnages à la fois réalistes et franchement romanesques, à l’image de ceux que je peux retrouver chez Queneau ou chez Gide… Lire, à propos du dernier cité, Les Faux-Monnayeurs, un chef-d’oeuvre comme on en fait plus…
    Bonne fin de week-end ! 🙂

    • Charlotte le

      Héhé Rogue est sans doute le meilleur personnage des Harry Potter 🙂 . J’aime bien lire des romans à la première personne, mais au niveau de l’écriture c’est un mode de narration avec lequel je ne suis pas très à l’aise, pour le moment en tout cas (plus tard peut-être ?). Bonne journée !

  6. Cris Dieu le

    Merci, très intéressant ! Pas facile de rendre un personnage attachant ou accrocheur. Le fait de les présenter « méchants » et froids puis de les adoucir et montrer leur côté humain marche presque à tous les coups. Les petits moments de vie intime ou on se reconnait dedans aussi.
    Ce que j’aime beaucoup dans la lecture ce sont les descriptions où on imagine ce qui nous arrange, ce qu’on aime.
    En ce moment, j’essaie de lire en anglais pour le travailler, pfiou c’est dur ! J’ai emprunté 3 livres à la bibliothèque. Parfois, ça se lit bien, mais il y a des phrases que je dois relire au moins 8 fois ! Et comme j’ai souvent la flemme de chercher, je passe outre. Alors forcément je loupe des choses et je suis mois dedans. Au secours !
    Bisous 😉

    • Charlotte le

      Hello Cris ! Je t’admire d’essayer de lire en VO personnellement je n’en ai pas le courage même si je sais que c’est un bon exercice ^^.

  7. Charlotte Mortange le

    Merci pour cet article fort intéressant ! J’aime bien tes analyses, même si je ne connais pas tout les univers que tu évoques 😉
    J’ai testé le coup du journal intime pour décortiquer un personnage mort il y a 300 ans (dans le récit) puis revenu à une époque contemporaine. Les lecteurs approuvent ce procédé ! 😀

    J’aime lire (et écrire) des personnages qui évoluent, mais de manière cohérente. J’aime les voir espérer, douter, se relever, échouer, comme tout le monde au final. Un personnage trop parfait et surdoué me paraît trop terne si rien ne le perturbe.

    À bientôt !

    • Charlotte le

      Je suis bien d’accord avec toi 🙂