Écriture

Les conseils d’écriture de Roald Dahl

08/02/2021

Auteur emblématique, Roald Dahl écrivait aussi bien pour les enfants que pour les adultes, mais ce sont ses livres destinés à la jeunesse qui ont marqué les esprits. Certaines de ses œuvres font partie de la culture populaire. De près ou de loin, nous avons tous entendu parler de Charlie et la chocolaterie !

La plume à la fois imaginative, farfelue et cynique de Roald Dahl ne ressemble à aucune autre, et, encore aujourd’hui, on ne se lasse pas de lire les aventures aigres-douces de ses personnages hauts en couleur.

Dans Coups de chance et autres nouvelles, l’auteur britannique prodigue quelques conseils édifiants aux auteurs en herbe. Je vous propose de les découvrir dans cet article 🙂

1. Cultivez votre imaginaire

« Vous devriez avoir une imagination foisonnante »

Roald Dahl

Il suffit de penser à la prodigieuse fabrique de sucreries de Willy Wonka dans Charlie et la chocolaterie pour se faire une petite idée de l’univers imaginatif de Roald Dahl !

Plus largement, la capacité à imaginer (par définition « inventer et se représenter dans l’esprit ») est un aspect fondamental de l’écriture. C’est elle qui nous permet de nous mettre à la place de nos personnages, d’inventer leurs aventures et de construire des univers qui n’existent pas.

Dans le cadre de la littérature jeunesse, puisque c’est la spécialité de Roald Dahl, écrire de manière créative permet d’accrocher l’attention des enfants, qui ont naturellement une imagination débordante et adorent la faire voyager. Laissez-donc parler l’enfant qui sommeille en vous 🙂

✍️ Conseil d’écriture : Stimulez votre imagination en lisant beaucoup, dans des styles différents, et en restant curieux ! S’abreuver de films, de séries ou encore de musiques aux genres divers est un bon moyen de nourrir son imaginaire … Les bonnes idées poussent plus facilement sur un terrain fertile.

À lire aussi : 8 conseils pour développer votre créativité d’auteur

2. Insufflez de la vie aux mots

« Vous devriez être capable de bien écrire. C’est à dire de faire en sorte que votre scène prenne vie dans l’esprit du lecteur. »

Roald Dahl

Selon Roald Dahl, l’une des missions principales de l’auteur est d’écrire un texte capable de prendre vie sous les yeux de celui qui le lit. De lui donner à voir et à ressentir, de le faire vibrer et voyager ! On lit pour être transporté dans une autre dimension, c’est là toute la magie d’un bon roman.

Regardez comment Roald Dahl s’y prend pour happer le jeune lecteur dans son livre Sacrées Sorcières :

« Maintenant, vous savez que votre voisine de palier peut être une sorcière. Ou bien la dame aux yeux brillants, assise en face de vous dans le bus, ce matin. Ou même cette femme au sourire éblouissant qui vous a offert un bonbon, au retour de l’école. Ou encore (et ceci va vous faire sursauter!) votre charmante institutrice qui vous lit ce passage en ce moment même. Regardez-la attentivement. Elle sourit sûrement, comme si c’était absurde. Mais ne vous laissez pas embobiner. Elle est très habile. »

Les sorcières de Roald Dahl par Quentin Blake

✍️ Conseil d’écriture : Quel que soit le genre de votre roman, utilisez le principe du « Show don’t tell ». En français, cela donne : Montrez, ne dites pas. Il s’agit d’un précepte basique en écriture, qui nous recommande de décrire les événements tels qu’ils sont vécus par les personnages, au lieu de simplement les évoquer, dans le but de faire vivre le texte au lecteur.

À lire pour en savoir plus : Show don’t tell, le secret pour rendre un roman vivant

3. Persévérez encore et encore

« Faites preuve d’endurance. En d’autres termes, restez fidèle à votre projet et n’abandonnez jamais, heure après heure, jour après jour, semaine après semaine, mois après mois. »

Roald Dahl

Écrire un roman n’est pas un sprint mais un marathon : ce n’est pas un projet qui se boucle en trois semaines. Cela prendra quelques mois aux plus rapides, plusieurs années aux autres.

Il faut savoir résister aux phases de doute, qui sont quasiment inévitables quand on travaille sur le même projet pendant si longtemps, mais aussi à la tentation des nouvelles idées de romans, assez fréquentes elles aussi !

C’est en gardant le cap que l’on évite de collectionner les manuscrits inachevés sans en finir un seul.

✍️ Conseil d’écriture : Notez toutes vos nouvelles idées de projets dans un carnet dédié. Ainsi, vous vous libérerez l’esprit et resterez concentré sur votre manuscrit en cours.

4. Soyez perfectionniste

« Tâchez d’être perfectionniste, c’est-à-dire de ne jamais être satisfait de ce que vous avez écrit jusqu’à ce que vous l’ayez réécrit encore et encore, et que vous l’ayez amélioré autant que possible. »

Roald Dahl

Certains prétendent qu’écrire un roman est la face émergée de l’iceberg … Et que le plus long, c’est la réécriture !

Bien sûr, tout dépend de votre manière d’écrire. Si votre premier jet ne vous prend que deux mois, vous aurez beaucoup plus à corriger qu’un auteur qui rédigerait sa première mouture en un an. En d’autres termes, si vous écrivez sans jamais reprendre ce que vous avez fait la veille (certains aiment procéder ainsi pour préserver leur élan créatif), la réécriture sera forcément plus longue.

Mais, dans tous les cas, il faut corriger et retravailler longuement son manuscrit. C’est le lot de tous les écrivains pour obtenir un texte abouti.

Willy Wonka dans l’une des adaptations de Charlie et la chocolaterie

✍️ Conseil d’écriture : Le travail de réécriture est aussi un travail d’élagage. Comme le conseille Stephen King dans son livre Écriture, mémoires d’un métier, soyez sans pitié et supprimez tout ce qui alourdit inutilement votre histoire.

À lire aussi : Les conseils d’écriture de Stephen King

5. Forgez-vous une discipline de fer

« Vous devriez savoir vous auto-discipliner. Vous travaillez seul. Personne ne vous emploie. Personne n’est derrière vous pour vous renvoyer si vous ne travaillez pas, ou pour vous donner un avertissement si vous vous relâchez. »

Roald Dahl

À moins que vous ayez signé un contrat préalable avec un éditeur, personne n’attend votre roman. Comme le dit Roald Dahl, c’est donc à vous de vous auto-discipliner pour avancer !

On a vite fait de procrastiner et de ne pas travailler assez sérieusement sur son roman pour le finir. D’où l’intérêt de considérer son manuscrit comme un projet professionnel et de le traiter comme tel. Organisez vos sessions d’écriture et inscrivez-les sur votre planning pour ne pas y déroger.

L’autodiscipline, c’est ne pas se fier seulement à sa motivation (qui est fluctuante par essence) mais de mettre en place des règles à respecter soi-même.

✍️ Conseil d’écriture : Ne voyez pas trop grand, fixez-vous par exemple 20 minutes d’écriture par jour. En associant de petits efforts à une grande régularité, on obtient des résultats étonnants sur le long terme.

6. Travaillez votre sens de l’humour

« Cela vous aidera beaucoup d’avoir le sens de l’humour. Ce n’est pas obligatoire si vous écrivez pour les adultes, mais c’est essentiel pour les enfants. »

Roald Dahl

Les enfants aiment rire et s’esclaffent volontiers devant les situations drôles qu’ils rencontrent dans les livres jeunesse. L’humour est donc un ingrédient magique pour qu’ils accrochent à un roman ! C’est aussi le meilleur moyen de prendre du recul pour aborder un thème sérieux avec légèreté.

Les premières phrases de Matilda, célèbre roman de Roald Dahl, nous confrontent d’emblée à l’humour acéré de l’auteur anglais :

« Pères et mères sont gens bien curieux. Même lorsque leurs rejetons sont les pires des poisons imaginables, ils persistent à les trouver merveilleux. »

✍️ Conseil d’écriture : Si vous le sentez, choisissez le type d’humour avec lequel vous êtes le plus à l’aise, celui qui vous ressemble : caustique, auto-dérision, jeux de mots, humour grinçant, absurde ou loufoque …

Le film inspiré du roman Matilda de Roald Dahl

7. Restez humble

« Faites preuve d’une certaine humilité. L’auteur qui pense que son travail est fabuleux risque d’avoir des ennuis. »

Roald Dahl

C’est toujours délicat d’entendre des critiques sur son roman, à la fois parce qu’on y a travaillé dur, qu’on voit rarement les défauts de notre travail, et qu’on a du mal à distancier nos écrits de notre propre personne : on peut prendre les critiques sur notre texte comme des attaques personnelles.

Pourtant, il est essentiel de prendre du recul vis à vis des critiques, et de rester ouvert.

D’une part parce que les remarques négatives viendront forcément un jour ou l’autre : un roman ne peut pas plaire à tout le monde, et certains feront savoir qu’ils ne l’ont pas aimé. En avoir conscience dès le départ permet d’être plus souple face à la critique, et donc de mieux la vivre.

De plus, pour progresser, il est essentiel de savoir entendre ce qui pourrait être amélioré. C’est en travaillant sur ses points faibles que l’on devient meilleur.

✍️ Conseil d’écriture : Participez à des groupes de bêta-lecture avec des personnes qui ne font pas partie de votre cercle familial ou amical. Leur point de vue sera plus objectif et acéré que celui de vos proches … En plus de vous permettre d’améliorer votre roman, cela vous familiarisera avec les critiques.

Et voilà pour les conseils de Roald Dahl aux romanciers 😉

À lire aussi : Les conseils d’écriture de J.K. Rowling

Vous pourriez aussi aimer

10 Commentaires

  • Répondre Catherine le 08/02/2021 à 10 h 40 min

    Merci pour cet article intéressant!
    « Show, don’t tell » est à mon avis le meilleur des conseils. C’est cela qui distingue le véritable écrivain de celui qui se contente de rapporter une anecdote.
    Et élaguer, tailler, supprimer. Les textes de 300000 mots, même si l’intrigue et les personnages sont géniaux, ça ne peut pas passer auprès d’un éditeur quand on est un primoromancier.

    • Répondre Charlotte le 08/02/2021 à 17 h 05 min

      Merci Catherine ! En effet le principe du « Show don’t tell » est fondamental quand on écrit 😊

  • Répondre Guylaine le 08/02/2021 à 13 h 57 min

    Merci pour cet article et cette petite plongée dans l’univers de Roald Dahl. J’étais passée à côté de ton article « show, don’t tell » . J’ai donc rattrapé mon retard et je l’ai beaucoup apprécié également. Tes exemples sont vraiment parlants.
    Bonne continuation et hâte de découvrir ton roman.

    • Répondre Charlotte le 08/02/2021 à 17 h 05 min

      Merci beaucoup Guylaine 😉

  • Répondre Lilas le 09/02/2021 à 20 h 09 min

    J’aime bien cet article et ça m’a donné envie de relire « sacrées sorcieres »! Le « show don’t tell » est un des principes que j’admire le plus. C’est compliqué pour moi qui veut toujours aller vite mais un roman n’est pas un jeu et je m’applique! Je suis très perfectionniste sur mes romans si bien que quand je pense l’avoir terminé, je le relis et je reprend souvent des scènes, dialogues voir même quelques chapitres entiers! Et la chose que j’aime le plus écrire c’est les verbes. C’est drôle mais j’aime tellement varier les verbes, pour les incises par exemple mais pas que. J’aime bien utiliser des mots plus farfelues tels que « engloutir son déjeuner, hoqueter, dégringoler les escaliers…
    Ton article est comme toujours très bien détaillé et utile. Roald Dahl est en effet un très bon écrivain. Mon coup de cœur de cet auteur reste le bon gros géant que j’ai aussi vu en film, mais comme pour la plupart des adaptations, je préfère le livre.
    Bonne soirée,
    Lilas ❤️

    • Répondre Charlotte le 10/02/2021 à 17 h 27 min

      Merci ❤️. Très intéressant ce que tu dis sur les verbes 😊 . C’est vrai qu’utiliser des verbes forts et expressifs est un vrai plus, ça rend le texte vivant et évite d’ajouter trop d’adverbes ou d’adjectifs (l’une de mes mauvaises habitudes …). Bonne soirée à toi !

      • Répondre Lilas le 11/02/2021 à 18 h 47 min

        Merci, c’est vrai que j’ajoute beaucoup d’adjectif pour détailler mais après je me rend compter que ça fait trop!

        • Répondre Charlotte le 12/02/2021 à 12 h 39 min

          🙂

  • Répondre Enirtourenef le 16/02/2021 à 17 h 19 min

    Le fait de lire des trucs différents (mon dernier article en est un bon exemple !), d’aller au musée et de m’intéresser à plein de trucs (je viens d’acheter un livre sur les clefs d’époque, quand même !) je ne le vis pas du tout comme un moyen de garder mon imaginaire actif. Pour moi c’est plus une conséquence de cet imaginaire. Je suis curieuse de plein, plein de trucs et au final le roman que je suis en train de finalisé (bêta-lecture) a plein d’influences différentes : la fantasy classique, mais aussi un peu de croyances des peuples de l’Amérique latine précolombienne ou les ornements de Saints surtout dans les pays germaniques au XVIIème siècle… l’un de mes personnages a une armure en petites tuiles imbriquées inspirée des samouraïs… Mais pour moi, c’est tout à fait naturel et je ne me force pas du tout !

    Par contre, en réécriture j’ai plus eu tendance à ajouter des trucs x) J’avais un premier jet qui caressait les 150 000 mots, j’ai un texte fini (enfin, presque) qui a atteint les 160 000 x) (en vrai, je dois avoir écris plus que 10 000 mots en plus parce que j’ai supprimé des trucs).

    Je pense qu’on peut envoyer en bêta-lecture à des proches, mais il faut bien les choisir. Par exemple, j’ai envoyé le mien à mon grand-père, un vieux monsieur très cultivé, intelligent, qui a fait la guerre et a beaucoup voyagé donc il connaît plein de trucs. Et c’était ce regard-là, que je voulais. J’ai eu son retour aujourd’hui : il a aimé, mais la fin fait plop comme un soufflet au fromage sorti trop tôt du four ! et au final la « morale » que j’ai voulu mettre ne ressort pas trop, est un peu trop diluée. Je sais déjà que c’est juste (à force de relire mon roman, je le connais, donc je sais plus ou moins les changements de rythme que j’ai fait haha).

    Rester humble est super important ! Se prendre une bonne claque par son auteur préféré peut aider aussi !

    • Répondre Charlotte le 17/02/2021 à 14 h 03 min

      Il a l’air riche en influences variées ton roman, c’est intriguant ! C’est vrai que moi aussi dans ma dernière phase de corrections, j’ai ajouté plus que je n’ai enlevé 🙄 mais j’imagine que ça dépend aussi de la manière dont on écrit. Certains manuscrits ont sans doute besoin d’être étoffés tandis que d’autres d’être allégés …

    Laisser un commentaire